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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 15:35

J'en avais déjà un peu parlé, la première rencontre parisienne de parents (et futurs parents !) des vendredis intellos a eu lieu dimanche 29 juin. Cette première rencontre a d’abord été l’occasion de se rencontrer, autour d’un thé et d’un gâteau au chocolat. De mettre un prénom et un visage sur un pseudo ou un blog, comme Cleophis ou June Prune, ou de revoir Greenwitch que j'avais croisée aux rencontres 2013 à Lyon. On s’est rapidement sentis à l’aise (moi en tout cas !) et nous avons pu partager notre expérience, sur le sujet de la rencontre, mais aussi sur beaucoup d’autres sujets au hasard des digressions !

 

Les livres apportés pour l’occasion ont permis d’aborder différents aspects de la question.

 

  • Au secours je suis maman ! (couches, boulot, dodo, sexe et autres incompatibilités) de Gaëlle Renard (Editions Leduc, 2011) nous a permis de dire ce qu’être parent n’était pas à nos yeux : une suite de stéréotypes sur la façon dont nous sommes censé(e)s réagir, sur le fait que les pères sont incapables de changer une couche sans appeler leur femme au secours ou que pour avoir une sexualité épanouie, l’important est de perdre ses kilos de grossesse ! Il nous a aussi permis de réfléchir à l’utilisation du second degré ou de l’humour dans les livres pour (futurs) parents, qui se révèle parfois plus anxiogène qu’autre chose.

 

  • Le choeur des femmes de Martin Winckler (Gallimard, collection folio, 2011) nous a permis d’aborder le rapport à la médecine et aux médecins, et la difficulté de prendre ses propres décisions face aux professionnels de santé. Et ce, dans le cadre de la contraception et du suivi de la grossesse, mais aussi dans le rapport avec le pédiatre de nos enfants (vaccinations, alimentation…). Un article a été consacré à ce livre sur le blog des vendredis intellos ici. Moi, j'en avais parlé  (et c'est l'occasion de constater à quel point ma réflexion sur le sujet du suivi gynéco a évolué, au cours de ma grossesse et de mes lectures). 
Devenir parent, qu'est-ce que ça a changé ? (rencontre de parents parisiens des vendredis intellos)
  • Du côté des petites filles d’Elena Gianini Belotti (Editions des femmes, 2009) nous a permis d’aborder les stéréotypes filles/garçons dans l’éducation et les moyens de lutter contre. Même si le texte date de 1973, force est de constater que les choses n’ont pas beaucoup changé. Nous avons aussi parler de trouver le bon équilibre entre nos convictions et les envies de nos enfants, du fait que la société joue également un rôle dans l’éducation des enfants. La fabrique des filles de Laure Mistral (Syros, 2010) dont j'ai déjà parlé sur Fille d'album et Contre les jouets sexistes (L’Echappée, 2007) dont j'avais fait un résumé (ici et encore ) ont également été cités.
Devenir parent, qu'est-ce que ça a changé ? (rencontre de parents parisiens des vendredis intellos)
  • Les heureux parents de Laeticia Bourget et Emmanuelle Houdart (Thierry Magnier, 2009), un album pour enfants que j'avais déjà présenté sur les vendredis intellos ici. On a également noté une image d’allaitement, et même une image de tire-lait, chose rare dans les livres pour enfants.
Devenir parent, qu'est-ce que ça a changé ? (rencontre de parents parisiens des vendredis intellos)
  • Le prophète de Khalil Gibran (nombreuses éditions) et plus précisément ce passage consacré aux enfants :

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,

Parlez-nous des Enfants.

Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.

Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,

Ils viennent à travers vous mais non de vous.

Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie;
Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable.

Ce texte nous a permis de rappeler que nos enfants ne nous appartiennent pas, même si nous avons la charge de nous occuper d’eux, car ils appartiennent à l’humanité dans son ensemble, que le rôle de parent est celui d’un accompagnateur et qu’il faut se méfier de vouloir leur transmettre notre façon de penser. Nos enfants sont en avance sur nous car ils sont déjà dans le futur et il est bon de prendre exemple sur eux. Sur les vendredis intellos, on trouve un article ici.

 

 

  • www.yapaka.be, un site de ressources en ligne sur la maltraitance des enfants.

 

Une nouvelle rencontre sera organisée en septembre, mais le lieu, la date et le thème restent à définir ! Si vous ovulez vous joindre à nous, c'est avec plaisir ! N'hésitez pas à m'envoyer un email à parents2.0 (a) gmail (point) com. 

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 13:39

Sur Fille d'Album, j'ai présenté un chouette album de Kitty Crowther, le football, et j'ai proposé des liens intéressants à propos des ABCD de l'égalité, de la sexualité dans les livres pour ados...

 

Sur le blog de l'association des vendredis intellos, vous pouvez retrouver le compte-rendu des rencontres 2013, "Co-éduquons !". Pourquoi je vous en parle ? Déjà, parce que c'est passionnant. Et puis parce qu'à mon petit niveau, j'ai contribué à ce compte-rendu en mettant en forme, avec l'aide de Clem la Matriochka, les notes prises par Mia lors de la conférence.  Et là, je prépare un nouveau compte-rendu pour les vendredis intellos, beaucoup plus modeste celui-ci : celui de la rencontre des parents parisiens qui a eu lieu dimanche !

 

Et vous pouvez toujours me retrouver sur Facebook ou sur Twitter

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 14:16

Cette semaine, sur Fille d'album, je me suis énervée devant un documentaire qui affirme que "les filles et les garçons ont des jeux différents" et j'étais contente de voir qu'un documentaire introduisait un peu de variété dans les représentations des métiers

J'ai proposé plein de liens intéressants.

J'ai présenté un passionnant documentaire pour ados et pour adultes, la fabrique des filles de Laure Mistral

 

 

Et puis vous savez sans doute que je participe depuis un moment aux vendredis intellos. Si je n'ai pas publié sur le blog récemment (j'ai du mal à trouver du temps pour tout faire...), je me suis lancée pour proposer une première rencontre d'un groupe de parents 2.0 parisien

 

Voilà les détails, si vous êtes intéressés (il n'y a pas besoin de faire partie de l'association pour y assister) :

En quoi ça consiste ?
Se réunir entre parents pour discuter et concrétiser les échanges et rencontres amorcés sur internet, et en particulier sur le blog des vendredis intellos. L'idée c'est de proposer des rencontres régulières, autour de différents thèmes.
Pour cette première rencontre, je propose "Devenir parents, qu'est-ce que ça a changé ?"
Sur le blog des vendredis intellos, les articles doivent s'appuyer sur des livres, des articles... De même, pour les rencontres, si le thème vous fait penser à un passage d'un livre, à un article, ce serait super de l'apporter pour le faire découvrir aux autres et en discuter.  
 
 
Quand ?
Je propose une première rencontre le dimanche 29 juin de 15h à 17h. 
 
 
Où ?
Au restaurant "les 400 coups", qui propose des goûters faits maison avec des jus de fruits frais, des pâtisseries faites avec des produits locaux... C'est un restaurant "kid friendly" donc on y trouvera un espace pour que les enfants jouent, des chaises hautes, transats...
C'est dans le 19e arrondissement, 12 bis rue de la Villette. On y arrive par la ligne 11, arrêt Jourdain, la ligne 7 bis arrêt Botzaris ou par le bus 26, arrêt Pyrénées / Belleville. 
Et c'est à deux pas du parc des Buttes Chaumont.
 
Comment ? 
Il faut que je prévienne le restaurant du nombre de personnes participant suffisamment à l'avance. Merci donc de m'indiquer si possible avant le 15 juin si tu viens et si tu es accompagné d'enfants !
 
Pour plus de renseignements ou pour venir, parents2.0paris (at) gmail (point) com
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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 19:15

Les vendredis intellos ont lancé leur tag ! Je suis donc ravie d'y répondre !

 

1. Comme parent, vous êtes plutôt cérébral (apprendre à lire en famille est votre devise !) ou du genre manuel (votre slogan : "Libérons la créativité de nos enfants" !) ?

Cérébrale. Je ne peux pas me considérer, d'une quelconque manière, comme "du genre manuel". Il faut bien l'avouer, j'ai deux mains gauches. Je suis sûre qu'en lisant cette phrase, une lectrice de se blog se rappelle de moi essayant de dessiner une drosophyle en cours de bio. Et que ce souvenir la fait beaucoup rire.

Apprendre à lire en famille est loin d'être ma devise, parce que je ne veux pas me situer dans l'apprentissage, mais lire en famille, oui, cent fois oui ! Et ces derniers temps, le magicien semble aussi enthousiaste que moi.

Pour les activités manuelles, je compte sur sa grand-mère pour lui en proposer ! Et sur l'imagination du magicien !

 

2. Pour vous, un bébé est un mammifère ou un philosophe ?

En fait, je crois que je préfère voir le bébé comme un philosophe, parce que ce qui se rapproche de près ou de loin du côté mamifère m'intéresse peu (sauf mettre mon nez dans son cou et sentir son odeur). 

 

3. Filliozat a dit qu’elle entendait trop souvent la phrase "J’ai tout essayé !". Croyez-vous qu’elle vous ait entendu ?

Non, je suis encore très loin d'avoir tout essayé avec mon fils. J'ai encore plein de choses que j'ai envie de tester, et pour les aspects un peu plus compliqués, je suis sûre que je vais encore beaucoup me planter avant d'arriver à quelque chose de satisfaisant pour nous trois. 

 

4. Vous êtes dans l’équipe du roi Etre ou du roi Avoir ?

Ces derniers temps, j'essaye de réfléchir à comment être davantage du côté du "roi être", me reconcentrer sur l'important, avoir une consommation plus raisonnable et raisonnée... mais j'ai encore beaucoup de travail à faire sur ces sujets !

 

5. Quelle phrase vous ressemble le plus ?

a. Je suis débordé(e) à la maison !

b. On n’est jamais mieux servi que par soi-même !

c. C’est pas juste !

Je suis débordée, ces temps-ci, mais pas spécialement par les tâches ménagères, que j'ai tendance à trop délaisser. J'ai arrêté depuis longtemps de penser qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. J'essaye aussi d'éviter le "c'est pas juste". Aucune phrase vraiment pour moi, donc. 

 

6. Vous auriez une 201ème astuce à donner à une maman qui travaille ?

Je ne connais pas les 200 premières astuces, mais peut être essayer de reprendre le boulot en douceur, après le congé maternité. Par demi-journée, ou deux ou trois jours dans la semaine. Pour que la séparation ne soit pas trop difficile ou brusque, mais pour pouvoir faire autre chose que s'occuper du bébé. Personnellement, j'ai posé tous mes congés d'un coup à la fin du congé mat', mais j'aurais du reprendre plus tôt, même si juste un peu, quelques heures. 

 

7. Pour tout savoir sur votre grossesse, vous préférez rire des mauvais côtés avec Marion McGuinness (Le Maxi best of grossesse et naissance de McMaman), avoir les explications classiques mais sérieuses de Laurence Pernoud (J’attends un enfant) ou obtenir les réponses à toutes vos questions grâce à Marjolaine Solaro (Ma grossesse en 300 questions / réponses) ?

Pendant ma grossesse, j'ai soigneusement évité d'ouvrir tout livre sur la grossesse ou l'éducation. D'ailleurs, je n'ai pas vraiment changé depuis, les livres sur l'éducation que j'ai lu se comptent sur les doigts d'une main (ce qui peut sembler contradictoire avec ma participation aux vendredis intellos !). Mais j'ai souvent regardé le webdoc d'arte modern couple, en particulier, sur la grossesse, cette vidéo

 

8. Aletha Solter dit que son bébé comprend tout. Et vous, vous le comprenez votre bébé ?

Pas quand il fait ses longs discours. Il peut parler d'un ton enthousiaste pendant 5 minutes, sans s'arrêter. J'adore l'écouter mais je ne sais pas toujours quoi lui répondre !

Sinon, je garde précieusement en mémoire une réponse quand je disais que je ne comprennais rien de ce qu'il disait : "bien sûr que si, tu le comprends. Tu ne comprends pas les mots qu'il prononce, mais tu sais s'il a faim, s'il est fatigué, s'il a envie d'un calin, s'il est content... La plupart du temps, les parents comprennent leurs enfants bien mieux qu'ils ne le pensent". Bien sûr, parfois je me plante, parfois je lui dis "je vois bien que quelque chose ne va pas, mais je ne comprends pas ce qui t'embête". En général, le fait de prononcer cette phrase et de me concentrer pour essayer de comprendre nous permet de régler le problème.

 

9. Le livre que vous auriez aimé écrire ?

a. L’Allaitement malin

b. L’Estime de soi, un passeport pour la vie

c. La Pédagogie Montessori

L'estime de soi, un passeport pour la vie. Quant à savoir si je serais capable de l'écrire... c'est une autre question !

 

10. [Expression libre !] Alors, pourquoi ?

Question à ne surtout pas se poser à propos de son enfant alors qu'on ne peut pas avoir la réponse. Pourquoi le magicien dort mal en ce moment alors qu'il faisait ses nuits sans problème à 6 mois ? Pourquoi cette fois il mange ses brocolis qu'il a refusé aux deux repas précédents ? Pourquoi il se met à pleurer dès qu'on arrive chez la baby-sitter alors qu'elle est super avec lui ? Pourquoi il s'est mis à pleurer quand on s'est vu sur skype alors qu'il adore d'habitude ? Pourquoi on lui achète des jouets alors qu'il préfère jouer avec des boites de mouchoir vides ? Il y a parfois des pistes, des idées, mais il faut souvent accepter de ne pas savoir avec certitude, voire de ne pas savoir du tout. Et faire avec. (mais bon, cette question n'est pas la pire, la pire, de loin, c'est "Et si... ?")

 

Voilà, il parait que quand on a fait un tag, il faut ensuite tagguer d'autres blogueuses. Je pense que Mia, qui participe aux vendredis intellos, y répondra probablement. J'aimerais aussi le proposer à Apostille. Parce que c'est avec son blog que j'ai commencé à réfléchir à ce genre de sujet ! Mais je suis une curieuse et je serais ravie de lire aussi les réponses des autres ! Quant aux lectrices qui n'ont pas de blog, j'aimerais beaucoup vous lire en commentaire !

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 20:38

Encore un livre pour les tout-petits... La partie de présentation du livre est également publiée sur les vendredis intellos

 

Vous connaissez peut être Jeanne Ashbé qui a fait de très nombreux livres pour les enfants. Elle est, entre autres, l'auteur de la série Lou et Mouf, de l'album des papas et des mamans dont je parle ici

Je dois avouer qu'en commençant à travailler en bibliothèque, je n'étais pas fan de cette auteure, je trouvais certains de ses livres un peu niais, et j'ai en fait appris à l'apprécier peu à peu, pour sa vraie compréhension du développement des enfants et de leurs besoins. Ca va mieux, par exemple, montre un enfant pleurer... et toujours être consolé. Dans ses livres, les parents sont là, présents, mais les enfants prennent aussi peu à peu leur autonomie, et explorent librement... 

Et puis ces dernières années, elle a aussi publié des livres différents. Le magicien aime beaucoup Parti par exemple, que je trouve idéal pour aborder, de manière imagée, la séparation (un oiseau arrive... mais il s'envole. "l'oiseau est parti, il va revenir !"). 

Et puis mon collègue préféré m'ai fait découvrir Pas de loup en me disant "mon fils a adoré, il faut absolument que tu essayes avec le magicien". Et mon fils et moi l'avons tellement adoré que j'ai décidé de le faire dédicacer à Montreuil (oui, je sais, j'avais dit que j'arrêtais d'en parler...)pour le magicien mais aussi pour l'offrir à son cousin. J'ai donc eu l'occasion de discuter un petit peu avec Jeanne Asbhé, qui est particulièrement sympathique. Et qui m'a dit que de tout ce qu'elle avait publié, c'était son livre préféré, mais qu'elle avait pris un risque en le publiant : elle savait que les tout-petits allaient le comprendre, mais que les parents risquaient de ne pas leur proposer, eux-même n'en comprennant pas l'intérêt. Et qu'en effet, alors qu'elle dédicaçait depuis un bon moment des "Lou et Mouf" et autres livres plus faciles d'accès, j'étais la première à choisir ce titre.

Alors je me suis dit que j'allais utiliser la casquette de bibliothécaire ET ma casquette de maman pour essayer de vous montrer pourquoi je trouve ce livre génial. 

 

Voilà la couverture du livre en question :

pas de loup ashbé

Déjà, pourquoi ce titre ? Parce qu'il n'y a pas de loup dans le livre. Le petit lapin qu'on découvre sur la couverture et à plusieurs reprises à l'intérieur du livre peut dormir sur ses deux oreilles.

Mais aussi, parce que ce livre permet d'aller 

A pas de loup vers les histoires... où tout se noue et se dénoue

(première page du livre)

 

A l'intérieur, chaque double page est une histoire à elle-seule, elles sont indépendantes les unes des autres. A chaque fois, une partie de la page se déplie pour faire apparaitre la "chute" de l"histoire et c'est souvent cette dernière image qui donne sens à l'ensemble de la double page. Les graphismes sont simples, avec souvent des couleurs très contrastées, donc facilement lisibles pour les tout-petits.

 

Pas de loup intérieur 1IMG_1354

On y trouve ainsi une voiture qui démare, un chat, un petit gourmand et un yaourt à la fraise, un poussin qui picore ou un lapin qui s'est endormi...

 

Mais la grande spécificité de ce texte est de n'être composées que d'onomatopées. Et d'onomatopées souvent proches de celles d'enfants qui babillent. 

IMG_1355IMG_1356

Jeanne Ashbé à dédié ce livre à Evelio Cabrejo-Parra, psycholinguiste et vice-président de l'association ACCES. Sur la quatrième de couverture cette belle citation d'Evelio Cabrejo-Parra : 

C'est un cadeau formidable que fait l'adulte à l'enfant quand il lui renvoie un écho de ses petits discours

 

En tout cas, mon fils a vraiment reçu ce livre comme un cadeau. Il me l'a fait lire, relire et re-relire. Il a soulevé lui-même les flaps. Il a éclaté de rire.

Et surtout, il m'a lu ce livre. A 16 mois, alors qu'il n'a que 3 mots de vocabulaire (Maman, Papa et non !). J'en suis encore toute émue. Il en reconnait chaque page, et est capable de reproduire la plupart des sons. Il éclate de rire quand la bombe explose. Il aime particulièrement cette page, il fait le bzzzzz en suivant la ligne du doigt :

Pas de loup intérieur 3Pas de loup intérieur 4

Et on sent sa fierté de lire, lui, le livre. 

 

Ce livre est donc un vrai support d'échange avec le bébé. Ce n'est pas une lecture de l'adulte à l'enfant. L'enfant peut lire le livre aussi, ouvrir les flaps, reconnaître ses "mots" dans la bouche de l'adulte. C'est un moyen de montrer, aussi qu'on leur fait confiance. Qu'ils maitrisent et comprennent des choses qu'on ne maitrise pas forcément. Comme disait Jeanne Asbhé, même si les parents ne comprennent pas vraiment, les bébés, eux, comprennent.  C'est un livre que je suis profondément heureuse d'avoir découvert. Et que j'espère que vous aurez l'occasion de découvrir vous aussi avec un bébé. 

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 10:00

Cet article est également publié sur le blog des vendredis intellos

 

J'ai assisté récemment à un colloque concernant la prévention de l'illettrisme. C'est dans ce cadre que j'ai eu l'occasion de découvrir les classes passerelles dont j'ai parlé la semaine dernière

L'intervention qui a ouvert la journée était celle de Dominique Rateau, présidente de l'agence Quand les livres relient, qui réunit "plusieurs associations riches d’expérience de lectures partagées, riches aussi d’une réflexion menée depuis plusieurs années sur la rencontre des adultes et des tout-petits autour des livres d’images". 

Son intervention a insisté sur le fait que pour prévenir l'illettrisme, il faut s'interroger sur ce que nous appelons lire. 

Elle a donc dit que lire, ce n'était pas seulement déchiffrer le code, mais aussi lui attribuer un sens. Par exemple, on peut déchiffrer un texte en italien ou des articles du code du travail, mais cela ne signifie pas forcément qu'on les lit. Si on décode sans comprendre, ce n'est pas de la lecture.

Inversement, on peut "lire" (donner du sens) autre chose que des livres, et même à peu près tout dans notre environnement. Dominique Rateau cite alors Alberto Manguel : 

Les lecteurs de livres, dans la tribu desquels j’entrais sans le savoir (nous nous croyons toujours seuls à chaque découverte, et chaque expérience, de la naissance à la mort, nous paraît formidable et unique), développent ou concentrent une fonction qui nous est commune à tous. Lire des lettres sur une page n’est qu’un de ces nombreux atours. L’astronome qui lit une carte d’étoiles disparues, l’architecte japonais qui lit le terrain sur lequel on doit construire une maison afin de la protéger des forces mauvaises ; le zoologue qui lit les déjections des animaux dans la forêt ; le joueur de cartes qui lit l’expression de son partenaire avant de jouer la carte gagnante ; le danseur qui lit les indications du chorégraphe, et le public qui lit les gestes du danseur sur la scène ; le tisserand qui lit les dessins complexes d’un tapis en cours de tissage ; le joueur d’orgue qui lit plusieurs lignes musicales simultanées orchestrées sur la page ; les parents qui lisent sur le visage du bébé des signes de joie, de peur ou d’étonnement ; le devin chinois qui lit des marques antiques sur une carapace de tortue ; l’amant qui lit à l’aveuglette le corps aimé, la nuit, sous les draps ; le psychiatre qui aide ses patients à lire leurs rêves énigmatiques ; le pêcheur hawaïen qui lit les courants marins en plongeant une main dans l’eau ; le fermier qui lit dans le ciel le temps qu’il va faire – tous partagent avec le lecteur de livres l’art de déchiffrer et de traduire des signes. Certaines de ces lectures sont colorées par la notion que l’objet lu a été créé dans ce but spécifique par d’autres êtres humains – la musique, par exemple, ou la signalisation routière – ou par les dieux – la carapace de tortue, le ciel nocturne. Les autres relèvent du hasard.

Et pourtant, dans chaque cas, c’est le lecteur qui lit le sens : c’est le lecteur qui accorde ou reconnaît ) un objet, un lieu ou un événement une certaine lisibilité ; il revient au lecteur d’attribuer une signification à un système de signes et puis de le déchiffrer. Tous, nous lisons nous-mêmes et nous lisons le monde qui nous entoure afin d’apercevoir ce que nous sommes et où nous nous trouvons. Nous lisons pour comprendre, ou pour commencer à comprendre. Nous ne pouvons que lire. Lire, presque autant que respirer, est notre fonction essentielle.

Une histoire de la lecture

Dominique Rateau explique donc que nous pouvons lire avant de maîtriser le code de lecture, avant d'apprendre à déchiffrer un texte. Elle insiste en particulier, puisque c'est le sujet du colloque, sur le fait que les bébés "lisent" leur environnement. Elle dit donc :

Nous sommes tous nés lecteurs.

 

Ce qu'elle a développé ainsi dans un article intitulé "Entrer dans les écrits par la voix d'un autre" (article passionnant que je vous invite vivement à lire) :

Un bébé qui vient de naître est d’emblée confronté à la complexité de la vie, à la complexité des émotions, des sensations... à la complexité du monde qui l’entoure. (...) Désormais, il respire et rencontre une multitude de sensations nouvelles. Pour pouvoir vivre, le tout-petit, en quête de sens, va donc devoir interpréter le monde. Nous pouvons dire que dès notre mise au monde, nous le lisons. Dès notre naissance, nous « devons » lire.

 

Mais qu'est-ce que cette façon de voir les choses entraîne dans la manière de considérer le livre et dans le rapport avec ceux qui ne savent pas déchiffrer et lire les textes ?

 

Tout d'abord, elle sert à rappeler que la lecture d'un album, en particulier d'un album sans texte, c'est donner du sens à une suite d'image. Et que c'est une lecture en soi, et pas seulement un passage vers la lecture de texte. De même, les livres d'images ne sont pas de la sous-littérature avant de passer à la vraie littérature. Des livres d'images peuvent nous questionner et nous interroger, enfants comme adultes, sur nos représentations du monde. Par exemple, "c'est qui le petit ?" de Corinne Dreyfuss et Virginie Vallier interroge les notions de petit et de grand avec de superbes photos. 

Ca veut dire quoi, savoir lire ?

Ensuite, qu'il n'y a pas de rupture franche entre ceux qui savent lire et ceux qui ne savent pas lire. On continue tous, au quotidien, à apprendre à lire. Et les tout-petits nous y aident, puisqu'ils sont capables de lire finement une image. Mes collègues et moi-même avons tous fait l'expérience du tout-petit qui met le doigt (au sens propre) sur un détail que nous n'avions pas vu alors que nous avons lu le texte dix fois et qui éclaire l'illustration. Un exemple : dans un peu perdu de Chris Haughton, mon collègue n'avait pas vu qu'on repérait dès la deuxième page tous les animaux qui allaient apparaître au fil des pages.

Ca veut dire quoi, savoir lire ?

On est donc dans l'idée de découvrir ou redécouvrir le livre ensemble, de partager un moment, et pas dans l'idée qu'un sait et que l'autre ne sait pas. La lecture se fait alors rencontre, que ce soit avec le tout-petit ou ses parents, qui peuvent être non lecteurs ou en tout cas qui peuvent avoir besoin de réapprendre à lire les livres d'images. 

 

Et en ce qui concerne la prévention de l'illettrisme, thème du colloque dont fait partie cette conférence ? Pour que l'apprentissage du code de lecture se passe bien, il doit faire partie de quelque chose qui est en nous, pour faire sens. C'est en lisant qu'on apprend à lire et si les enfants ont accès au livre dès le début de leur vie, on peut conforter leur confiance en eux et en leur capacité à lire (tu lis depuis toujours : tu regardes, tu écoutes, et tu interprète, on va simplement t'apporter un code supplémentaire) et on peut associer la lecture à du plaisir, ce qui est indispensable pour éviter la "nausée de l'écrit".

Lire aux tout-petits afin de les familiariser avec le livre, la lecture et partager le plaisir d'une lecture, c'est quelque chose que j'ai découvert il y a plusieurs années maintenant. J'ai découvert peu à peu à quel point ils peuvent aimer cela, et à quel point ils sont capables d'analyser précisément une image et de mettre le doigt sur un détail. J'ai déjà fait une série d'article sur la lecture aux tout-petits (première partie, deuxième partie, troisième partie, quatrième partie, cinquième partie) et pour ma première contribution au blog des vendredis intellos, j'ai parlé de lecture aux tout-petits et de bibliothèque. J'ai donc particulièrement apprécié cette conférence qui m'a permis d'élargir encore mes horizons et je suis ravie de reparler de ça ici.

 

Pour les lyonnaises intéressées par ce sujet, l'agence "quand les livres relient" propose une journée de sensibilisation intitulée "lire avec les tout-petits et leurs parents : une entrée dans le langage" le 18 octobre à la bibliothèque de la Part Dieu (merci Mia !)

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 10:00

Cet article est également publié sur le site des vendredis intellos

Il fait suite à un premier article publié il y a 15 jours, où j'abordais la volonté politique de scolariser les moins de trois ans, les bénéfices (réels mais limités) de cette scolarisation pour lutter contre les inégalités sociales et de l'avis de différents spécialiste de la petite enfance sur la scolarisation. Tous ceux qui sont favorables à cette scolarisation insistent sur le fait que l'accueil doit être adaptés aux besoin spécifiques d'enfants aussi jeunes. 

 

Qu'en dit la circulaire ?

Déjà, trois possibilités : une classe de tout-petits, avec des rythmes spécifiques, la présence d'une ATSEM et un materiel adapté, des classes à plusieurs niveaux (il est alors plus difficile de prendre en compte les besoins spécifiques des tout-petits) ou un accueil en milieu mixte, associant services de petite enfance et école.

 

Plusieurs aspects me semblent essentiels et très positifs, mais compliqués à appliquer. 

 

  • des relations étroites entre l'école et les parents

Établir une relation de confiance avec les familles est essentiel pour permettre à l'enfant de grandir sereinement entre école et maison. Une attention particulière doit donc être portée à la relation aux parents d'élèves.
La prise en charge de chaque enfant fait l'objet d'un échange avec ses parents. Pour en garantir la réussite, ceux-ci sont incités à s'impliquer activement et positivement dans le suivi de sa scolarité. Ils doivent pour cela comprendre les attentes et exigences de l'école et de la vie en collectivité, avoir la possibilité de communiquer avec les personnels de l'école. Un travail en partenariat avec des structures associatives et des services sociaux peut faciliter l'implication des familles les plus éloignées de la culture scolaire.
Le projet d'accueil et de scolarisation au sein de la classe est par ailleurs présenté et expliqué à l'ensemble des parents d'élèves afin de les sensibiliser aux enjeux de cette première scolarisation.

La communication entre enseignants et parents est donc fondamentale. Et l'est, de toute façon, particulièrement pour la première année à l'école, quelque soit l'âge de l'enfant. Mais c'est souvent difficile en raison du nombre de parents face à une institutrice un peu débordée, surtout en début d'année. Mon père me disait, à propos de mon demi-frère, qui vient d'entrer à l'école à 3 ans, qu'il ne savait pas ce qu'il faisait de ses journées. Et je discutais il y a peu avec une mère qui avait eu le sentiment d'être trop vite chassée de l'école. J'ai aussi vu les choses du côté des instits avec une mère qui essayait de trouver l'équilibre entre les parents de ses... 32 élèves de petite section cette année. Il y a de nombreuses initiatives intéressantes pour améliorer cette communication. Par exemple, ma mère reçoit, au mois d'octobre, toutes les familles pour un temps d'échange autour des enfants, afin de présenter à nouveau le fonctionnement de la classe et de fixer pour chaque élève les objectifs et les enjeux pour l'année à venir. Elle a également mis en place un blog de classe, sur lequel elle met les paroles des chansons apprises à l'école, des photos de différentes activités... Et j'espère que vous donnerez d'autres exemples en commentaire !

Mais cela prend du temps, et de l'énergie (par exemple pour les rencontres du mois d'octobre, 30 à 45 minutes x 32 familles) et la circulaire semble oublier que "porter de l'attention à la relation aux parents d'élèves", ça demande du temps, de l'énergie et que les instits ne sont pas des bénévoles.

  • un meilleur respect du rythme de l'enfant

Une attention particulière est portée à la prise en compte des rythmes spécifiques adaptés à ces très jeunes élèves. Les horaires d'entrée et de sortie, le matin et l'après-midi, peuvent faire l'objet de dispositions particulières par rapport aux autres classes pour l'ensemble du groupe d'enfants scolarisés, ou pour chacun d'entre eux, selon une organisation régulière convenue avec les parents, qui s'engagent à la respecter. Cette souplesse est cependant soumise à l'impératif que le temps de présence de chaque enfant demeure significatif.

Je trouve cette souplesse particulièrement intéressante. Néanmoins je m'interroge sur les possibilités de la mettre en place. Pour tout le groupe d'enfants, si on modifie les horaires d'entrée et de sortie, comment on fonctionne par exemple pour la cantine ? Comment feront les parents qui ont plusieurs enfants à l'école ? Il multiplieront les allers-retours ? Les horaires particuliers adaptés à chaque enfant et à chaque famille sont intéressants, mais risquent d'être un casse-tête pratique et pédagogique pour l'instit et pour la sécurité à l'école (quelqu'un sert de portier ? on laisse la porte de l'école ouverte ?).

 

  • des liens avec les structures petites enfance :

Tous les enfants ne sont pas en mesure d'assumer les contraintes propres à une scolarité, même adaptée : une concertation est nécessaire pour déterminer le moment opportun pour scolariser chacun. C'est pourquoi il est utile de mettre en place une structure locale permettant aux familles d'échanger avec les personnels de ces services, les enseignants de maternelle, etc., afin que leur soient proposées des solutions adaptées, avec des possibilités de passage d'une structure à l'autre.(...) C'est pourquoi on favorisera une concertation régulière et durable avec les collectivités territoriales et les différents services de l'État chargés des questions de petite enfance, au niveau local et départemental.

Super sur le papier. Mais comment cela va se passer dans les faits ? Qui va financer ces structures locales ? Comment va s'organiser cette "concertation locale" ? Sur le temps de travail des différents partenaires ? En dehors ? Bref, j'ai bien peur que cet aspect, qui me semble le plus prometteur soit compliqué à mettre en place.

Mais j'ai envie de conclure sur les cas où ça marche (et qui m'a donné envie d'écrire cet article), parce qu'il y a une vraie volonté des différents acteurs et des pouvoirs publics, et je vais vous parler d'une classe-passerelle à Roubaix. La première classe passerelle a été mise en place en 1992 et il y en a désormais 9 dans la ville. Ces classes de 20 à 25 élèves sont encadrées par un(e) instit, un(e) ATSEM et un(e) éducateur(trice) de jeunes enfants présent(e) tous les matins dans la classe.

J'ai eu l'occasion d'écouter une éducatrice de jeunes enfants (EJE) participant au projet (c'est ce qui m'a donné envie d'écrire ces deux articles sur la scolarisation des tout-petits) et voilà comment ça se passe dans sa classe.

L'EJE accueille les familles dès le mois de juin précédant la rentrée et propose pendant l'été 6 à 9 ateliers d'adaptation selon les besoins de l'enfant : l'enfant vient dans la classe avec sa famille pour découvrir les lieux et les adultes qui vont l'encadrer (l'instit et l'ATSEM sont présents lors d'une partie des ateliers). L'idée est d'échanger avec les parents pour partir de ce qu'ils connaissent de leur enfant, et aussi que chaque enfant choisisse un adulte référent.

En septembre, la rentrée est échelonnée sur tout le mois de septembre : les enfants entrent 5 par 5, chaque semaine. Le jour de la rentrée, le pédiatre et le psychologue de la PMI sont également présents.

Les jours de rentrée, une "pause café" a été mise en place à destination des parents. En effet, un jour une mère a quitté l'école alors que son fils pleurait. L'enfant s'est calmé sans souci au bout de 5 minutes, mais à 11H30, la mère a confié à l'EJE qu'elle avait elle-même pleuré toute la matinée en imaginant son fils mal à l'école. Du coup ont été mises en place ces pauses café qui a lieu à l'école, mais pas dans la classe. Le psychologue est présent pour aider les adultes à gérer la séparation, et l'EJE fait des allers-retours entre la salle de classe et cet endroit et montre aux parents des photos de leur enfant évoluant dans la classe pour montrer que même s'ils pleurent au moment de la séparation, ça dure 5 minutes et ensuite l'enfant participe.

Quelques semaines passent, le temps que les choses se mettent en place. Et à partir du mois de novembre, et jusqu'au mois de mai, les parents s'inscrivent pour venir passer du temps à l'école avec leur enfant. Ils passent un moment dans la classe et assistent aux temps collectifs, puis l'EJE organise un atelier (souvent basé sur les sens) avec l'enfant et le parent pour un temps d'échange.

Certains après-midi, l'EJE organise également, pendant que les enfants sont en classe des ateliers paroles pour tous les parents de l'école sur des thèmes prévus à l'avance (séparation, sommeil, langage, fratrie...). Pour chaque thème, elle propose des albums jeunesse qui pourront être lus avec les enfants.

Voilà ce qui correspond très bien aux principes de la circulaire ! Mais l'EJE en question n'en cache pas les difficultés (difficulté de faire travailler ensemble des personnes de statut et de formation différente, travail de longue haleine avec les familles...).

Elle a également souligné la forte implication de la municipalité pour la création de ces classes passerelles, et les difficultés de leur financement (la CAF qui finançait 70% du projet au départ n'en finance plus que 30% actuellement).

Pourtant, ce projet de classes passerelles

repose sur un protocole d'accord signé entre le ministère de l'éducation nationale et le secrétariat d'Etat auprès du ministère de la solidarité, de la santé et de la protection sociale, chargé de la famille, le 20 septembre 1990, qui tend à assurer la continuité éducative des enfants de zéro à six ans et à sortir du cloisonnement institutionnel qui crée des situations inégales selon les départements. Ce protocole, toujours en vigueur, a été peu appliqué.

(source : ici). De nombreuses classes ont du fermer ces dernières années suite aux coupes budgétaires et aux suppressions de postes dans l'éducation nationale qui ont souvent coïncidé avec la suppression de l'accueil des moins de 3 ans, comme je le disais dans l'article précédent. Néanmoins on peut espérer que ça change peu à peu  puisque la circulaire présente cette possibilité d'accord entre école et structures petite enfance : 

un accueil en milieu mixte, associant services de petite enfance et école, permet d'offrir du temps scolaire dans des dispositifs conçus localement. Ce projet, co-élaboré par l'éducation nationale et les collectivités territoriales, doit garantir la complémentarité des ressources apportées par chaque partenaire dans une cohérence éducative au service du parcours de l'élève.

C'est donc à l'Etat et à l'éducation nationale de faire en sorte que ce type de projets, ancrés localement et répondant aux besoins des enfants et de leurs familles, puisse être mis en place. Est-ce que cela sera réellement le cas ? Je n'en suis malheureusement pas certaine. J'espère pourtant que lorsque les volontés seront présentes (pour les classes passerelles de Roubaix, il faut citer le pédiatre Maurice Titran et une réelle volonté de la municipalité), cette circulaire et le protocole d'accord permettront de réaliser les projets. 

Voilà ! Alors, vous aussi ça vous a donné envie de déménager à Roubaix ?

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 10:00

Cet article est également publié sur le blog des vendredis intellos.

 

Dans une circulaire parue en janvier 2013, le gouvernement a indiqué sa volonté de rescolariser les enfants de moins de trois ans.

L'objectif : que d'ici trois ans, 30 % des enfants concernés dans les secteurs défavorisés puissent être scolarisés.

 

La scolarisation des moins de 3 ans était encore fréquente il y a une dizaine d'année. Ayant grandi dans des quartiers classés ZEP, mes frères en ont bénéficié quand ils étaient petits (un de mes frères est même entré à l'école 3 jours avant son deuxième anniversaire !).

Ma mère, institutrice, a été nommée il y a une dizaine d'année dans une classe de toute-petite section qui venait d'être créée. Les enfants étaient accepté selon leur date de naissance, des plus âgés aux plus jeunes, et entraient à l'école des enfants qui avaient entre 2 ans et 1/2 et 2 ans et 8 mois. La classe avait été aménagée spécialement pour des enfants de cet âge. La rentrée se faisait par étape, quand l'enfant était prêt, soit en septembre, soit à la Toussaint, soit en Janvier. Elle garde un très bon souvenir de cette période, avec des enfants à l'aise, même si elle reconnaît qu'une institutrice et une ATSEM pas forcément à l'aise avec les tout-petits, ce n'est pas toujours suffisant pour entourer suffisamment les enfants, et que c'est dur pour certains d'entre eux.

Au fil des années, la classe s'est transformée en classe à double niveaux, tout-petits/petits, puis en classe de petits avec quelques tout-petits, puis en classe de petits, les tout-petits n'étant plus scolarisés dans son école. En cela, sa classe est un bon exemple des conséquences de la politique de suppression de postes dans l'éducation nationale, comme le montre cet article du Monde (déjà cité ci-dessus) : 

La scolarisation dite précoce, utilisée comme une variable d'ajustement pour supprimer des emplois dans l'éducation nationale, a en effet vu ses effectifs chuter en dix ans de 34,5 % à 13,6 % en moyenne.

A cette époque, je suivais d'assez près son travail. En particulier, j'étais souvent présente les premiers jours de l'année scolaire, et je photographiais tout ce qui se passait en classe afin de pouvoir montrer aux parents ce que faisaient leurs enfants pendant la journée (et leur montrer que si la séparation était difficile, la plupart du temps les enfants étaient ravis 10 minutes après). J'ai donc une image plutôt favorable de la scolarisation des tout-petits.
J'ai aussi vu des enfants qui n'étaient pas prêts. Mais des enfants de 3 ans autant que des plus jeunes. Je me souviens d'un enfant en particulier, qui refusait de lâcher ma mère d'une semelle pendant toute la journée. Comme elle était directrice, elle était "détachée" dans son bureau un jour par semaine, impossible de le laisser dans la classe avec l'autre maîtresse, il restait collé à ma mère et elle a pas mal de souvenirs de RDV faits avec cet enfant endormi, qui faisait la sieste sur ses genoux.

Mais c'est une exception, heureusement !

J'ai assisté il y a quelques jours au travail à une conférence sur la scolarisation des moins de 3 ans et j'ai eu envie d'aller au delà de mon expérience personnelle et de creuser un peu la question, d'autant qu'elle est d'actualité !

Rescolariser les moins de 3 ans, une volonté politique

Comme je le disais un peu plus haut, la scolarisation des moins de trois ans est une volonté du gouvernement actuel, dans le cadre de la "refondation de l'école". Une circulaire a donc été publiée en décembre 2012, dans ce sens. Homesweetmome en avait parlé ici

Le développement de l'accueil en école maternelle des enfants de moins de trois ans est un aspect essentiel de la priorité donnée au primaire dans le cadre de la refondation de l'école ; de nouveaux effectifs y seront consacrés dès la rentrée 2013.

L'objectif est clairement annoncé : il s'agit de favoriser la réussite scolaire des enfants issus des milieux défavorisés :

Il s'agit notamment d'un moyen efficace de favoriser sa réussite scolaire, en particulier lorsque, pour des raisons sociales, culturelles ou linguistiques, sa famille est éloignée de la culture scolaire. Cette scolarisation précoce doit donc être développée en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales et de montagne ainsi que dans les départements et régions d'outre-mer.

 

Est-ce que la scolarisation des moins de 3 ans permet vraiment de lutter contre l'échec scolaire ?

Le site du ministère renvoie à une étude PISA intitulée l'accès à l'enseignement préprimaire permet-il d'améliorer les résultats scolaires ? qui affirme que pour l'ensemble des pays de l'OCDE :

 

Les élèves de 15 ans ayant suivi un enseignement préprimaire obtiennent de meilleurs résultats aux évaluations PISA que les autres, même après contrôle du milieu socio-économique.

 

MAIS cet "enseignement préprimaire" désigne l'ensemble de l'école maternelle, et pas spécifiquement l'année de toute petite section.

 

Dans une étude de 2012 concernant la scolarisation avant trois ans en France (qui donne également le nombre d'élèves concernés et leur répartition géographique) montre qu'il n'y a pas de différence entre les enfants scolarisés à deux ans ou à trois ans. 

Sur l’aspect cognitif, il n’y a pas d’écart entre élèves scolarisés à deux ans et élèves scolarisés à trois ans aux évaluations passées en sixième (...). En revanche, la recherche d’« effets croisés » donne des résultats significatifs, même s’ils restent assez minces (tableau 8). Ainsi, pour les élèves nés au premier trimestre,
la scolarisation à deux ans apporte un gain de 2,6 points par rapport à la scolarisation à trois ans, tandis que pour les élèves du dernier trimestre, elle provoque une baisse des performances de 4,6 points. Certains de ces élèves ont peut-être intégré l’école de façon trop précoce pour vraiment en tirer profit.

 

On peut donc noter que si une scolarisation des enfants entre 2 ans 1/2 et trois ans peut être intéressante, elle est contre-productive avec des enfants trop jeunes.

Et qu'en général, la scolarisation des moins de trois ans ne permet pas une meilleure réussite scolaire. Une autre étude, un peu plus ancienne, apporte cependant un éclairage différent pour les enfants issus de milieux défavorisés :

Une étude de l’Institut de recherche sur l’Économie de l’Éducation (IREDU-Dijon), en 1992, a montré que si la scolarisation précoce ne comble pas le fossé entre les différents milieux sociaux, elle est néanmoins positive pour les enfants de milieux populaires. Ces résultats ont été affinés dans une enquête conduite par Jean-Pierre Jeantheau et Philippe Murat (Direction de la Prospective et du Développement, Ministère de I’Education Nationale), qui a démarré en 1997. (...) Cette enquête montre qu’il existe un effet positif réel de l’accueil à moins de trois ans pour les enfants de milieux défavorisés, scolarisés en ZEP. Enfin, les parents de milieu favorisé perçoivent, eux, cet accueil à deux ans comme une « super stimulation » offerte aux enfants, un « super cahier de vacances », et un facteur d’enrichissement culturel supplémentaire. (...) Une autre étude, menée par Agnès Florin (professeure en psychologie de l’enfant à l’Université de Nantes) et son équipe, a adopté une démarche longitudinale et prospective. Des enfants ont été suivis de la petite section jusqu’au CP. Cette étude confirme que les enfants d’ouvriers tirent bénéfice de la scolarisation à deux ans, en particulier en terme de développement des compétences linguistiques.

 

Cela correspond donc bien à l'objectif du gouvernement qui est de développer en priorité la scolarisation des moins de trois ans dans les ZEP.

 

Mais au-delà des résultats scolaires, Est-ce que l'école est adaptée à des enfants aussi jeunes ?

Ce point fait fortement débat. Certains pensent clairement que non, comme Alain Bentolila qui préconise dans un rapport officiel de renoncer à la scolarisation des moins de trois ans (et qui entraînera les réflexions de Darcos qui ne comprend à propos des Bac+5 changeurs de couches). 

 

Un rapport de 2011 de l'Inspection générale de l’éducation nationale cite un rapport de la défenseure des enfants de 2003 :

La défenseure des enfants, dans le rapport annuel au Président de la République et au Parlement en 2003, sonne à nouveau la charge. Reconnaissant les bonnes intentions qui ont présidé à la promotion d’une scolarisation précoce, elle dénonce « les effets imprévus mais reconnaissables d’un parcours scolaire entamé dès deux ans » en relayant les inquiétudes de spécialistes divers de la petite enfance qui se rapportent à quatre domaines :
- le non-respect des rythmes biologiques des jeunes enfants, en particulier de leur besoin de repos ; le caractère individuel des rythmes est difficile à prendre en compte en milieu collectif et ce d’autant plus que, souvent, les jeunes enfants sont mêlés à d’autres, plus grands, qui ont d’autres besoins sur lesquels l’école se focalise toujours en priorité ;
- le manque d’interactions langagières adaptées du fait du rapport entre nombre d’adultes et nombre d’enfants ;
- le malmenage psychologique : d’une part, la sécurité affective des petits n’est pas suffisamment assurée dans des grands groupes sans individualisation, l’insécurité ressentie entraînant soumission de l’enfant au groupe (fusion dans le groupe) ou opposition exacerbée ; d’autre part, l‘acquisition de la propreté pour permettre l’entrée à l’école se fait souvent sous une contrainte qui n’est pas sans dommage. Les pédopsychiatres décrivent des enfants plus anxieux et plus
agressifs qu’il n’est normal de le voir, colériques et hypersensibles aux séparations ;
- les acquisitions cognitives imposées de manière prématurée et souvent inefficace, ce, d’autant plus que l’école maternelle dérive vers une conception plus scolaire depuis que la grande section est rattachée au cycle 2.

 

Bernard Golse, lui, insiste sur le fait que tant que l'enfant n'a pas atteint le stade "du oui, du je, du rond", il est dans la période de la construction psychique et pas encore dans celle de l'apprentissage, et que l'école n'est donc absolument pas adaptée. Il faut donc s'intéresser au stade de chaque enfant, sachant que cette étape est atteinte en moyenne vers 2 ans 1/2 (ce qui pourrait donc s'appliquer à certains "tout-petits" nés en début d'année civile). Il insiste sur le fait qu'il faut laisser aux bébés le temps d'être des bébés et ne pas vouloir aller trop vite. 

D'autres y sont plutôt favorables, mais soulignent qu'il faut prendre en compte, individuellement, la maturité des enfants, très variable d'un enfant à l'autre.

C'est le cas d'Agnès Florin :

"Il faut voir comment a évolué l'enfant avant la scolarité, quelles expériences de vie collective il a connues (...). L'important, c'est de s'assurer que le rythme de vie de l'enfant soit adapté à l'école maternelle. Globalement, l'école à 2 ans a un impact positif mais pas pour tous les enfants."

Je trouve que c’est une bonne chose, notamment lorsque les deux parents travaillent et que ces derniers ne peuvent pas accompagner leur enfant comme ils le souhaiteraient. Du point de vue du petit, cela l’enrichira sur un plan culturel et verbal. (...) Je pense aussi que l’apprentissage précoce peut permettre de lutter contre l’échec scolaire, notamment dans les milieux défavorisés. Bien maîtriser le vocabulaire permet de mieux maîtriser sa relation à l’autre, et de développer son système de pensée. La scolarisation avant trois ans permettrait ainsi pour certains enfants issus de familles où les parents maîtrisent mal le français, de combler leur retard. Bien entendu, il ne faut pas que cette scolarisation précoce soit obligatoire.

Aufeminin.com : Quels sont selon vous les bénéfices d’une scolarisation précoce pour l’enfant ?
MDK : La scolarisation précoce permet de développer les trois types d’intelligence. Tout d’abord, l’intelligence cognitive, mais aussi l’intelligence sociale : en contact avec d’autres individus, l’enfant apprend à vivre avec les autres. L’intelligence sociale permet ensuite au petit de développer son intelligence émotionnelle. Cette dernière est essentielle pour qu’il soit heureux en groupe. Aussi, scolariser un enfant plus tôt (certaines crèches le font déjà également), permet d’alerter les parents sur un trouble psycho-affectif qui serait passé inaperçu autrement, et ainsi de proposer un accompagnement adéquat.
(...)
Notons tout d’abord qu’on ne peut pas mobiliser un enfant avant deux ans et demi.

La scolarisation avant 3 ans, un moyen de faire garder son enfant, mais aussi de le socialiser :

Monique de Kermadec souligne donc le fait que l'école est aussi un moyen de garde pour les parents qui travaillent. Moyen de garde qui a l'avantage d'être gratuit pour les parents, et beaucoup moins cher pour l'état que les structures petite enfance. Bernard Golse est persuadé que c'est d'ailleurs la principale motivation de l'Etat dans cette histoire.

De nombreux parents sont demandeurs pour des questions pratiques et financières. J'ai assisté à de nombreux cas où les parents poussaient pour une prise en charge par l'école la plus précoce et la plus large possible. Je sais pour en avoir parler avec des directeurs d'école que de nombreux parents s'opposent à une rentrée échelonnée, par exemple, parce qu'ils ont besoin que leur enfant soit gardé dès le début de l'année scolaire toute la journée. Loin de moi l'idée de jeter la pierre à ces parents, je sais à quel point cela peut être compliqué de trouver une solution de garde et de la financer.

Cela concerne les parents qui travaillent, mais la conférencière qui parlait il y a quelques jours soulignait que même dans le cas où les parents ne travaillaient pas, nombre d'entre eux étaient demandeurs car ils sentaient que leurs enfants avaient besoin d'une forme de socialisation (et qu'eux avaient besoin de temps pour eux) et qu'ils n'avaient pas réussi à en obtenir sous d'autres formes (pas de place en halte-garderie par exemple).

On ne peut pas, à mes yeux, réduire l'enjeu de la scolarisation des moins de trois ans à cela, mais il serait naïf ou de mauvaise foi de ne pas le prendre en compte.

Je vais m'arrêter là pour aujourd'hui parce que mon article est déjà beaucoup plus long que ce que j'avais prévu, mais je vous parle la semaine prochaine de ce qui est prévu dans la circulaire pour adapter l'accueil à l'école de ces enfants très jeunes et vous parler d'une expérience menée dans une "classe passerelle" à Roubaix !

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 10:00

On parle souvent, sur le blog des vendredis intellos d'accouchement physiologique, d'alternatives à la péridurale, de préparation à la grossesse ou d'accompagnement des futures et nouvelles mères. 

Alors aujourd'hui, j'ai eu envie de faire un article un peu particulier où il sera question d'engagement plus que de réflexion. En effet, certains lieux, certaines maternités se sont engagées depuis longtemps dans cette bataille et sont devenues des lieux emblématiques de la lutte pour les droits des femmes. C'est le cas de la maternité des Lilas, qui affirme, dès la page d'accueil de son site internet

La maternité des Lilas s'inscrit dans le courant de la préparation à la naissance et du respect de la physiologie de l'accouchement

Cette bataille pour les droits des femmes ne se centre pas seulement sur l'accouchement, mais avant tout sur le libre choix des femmes, puisque la maternité des Lilas a aussi un centre très important de planning familial et 1200 IVG y sont pratiqués chaque année.

Toujours sur leur site internet :

La Maternité des Lilas est un lieu militant. Elle a participé à toutes les luttes pour le droit des femmes à disposer de leur corps, à décider de poursuivre ou non une grossesse. Ces luttes ont abouti au vote en 1975 de la loi Veil.

Forte de cette histoire, le centre d’orthogénie et de planification est un lieu d'accueil et d'écoute pour les femmes, les hommes, les couples, les adolescents confrontés à des problèmes liés à la sexualité et à leur responsabilité d'adultes.Pour toutes ces questions, vous pouvez vous adresser au Planning Familialoù vous pourrez prendre rendez-vous avec un médecin, une sage-femme, une psychologue ou la conseillère conjugale.
Aujourd’hui, nous sommes un centre référent pour la prise en charge des Interruptions Volontaires de Grossesse (IVG) jusqu’à 14 semaines.

J'ai moi-même accouché aux Lilas.

Contrairement à de nombreuses femmes qui choisissent d'accoucher aux Lilas pour pouvoir vivre un accouchement physiologique, j'ai choisi cette maternité un peu par hasard, essentiellement parce qu'elle n'était pas loin de chez moi et qu'on pouvait y faire le suivi. J'aimais l'idée d'une maternité engagée dans les droits des femmes, et pour le droit de choisir, mais je n'en savais pas beaucoup plus. C'est pendant la grossesse et parfois après que je me suis rendue compte qu'ailleurs, des femmes se battaient pour des choses qui m'ont semblées, grace au suivi dans cette maternité, évidentes et naturelles (pas de touchers vaginaux systématique et une limitation des examens médicaux par exemple). L'accouchement et le séjour à la maternité m'ont conforté dans l'idée que j'avais vécu un accompagnement de luxe (même si tout n'a pas été parfait, bien sûr). Que mes choix avaient été respectés, dans la mesure où mon accouchement le permettait. Je suis persuadée que si la sage-femme a réussi à me rassurer aussi bien et à me reconcentrer aussi rapidement sur mon accouchement après une montée de panique au moment où j'ai appris que j'allais accoucher sans péridurale, c'est parce que justement elle avait l'habitude d'accompagner des femmes dans ce cas, et qu'elle était prête à me donner toute l'attention et la présence dont j'avais besoin, alors même que le service était surchargé. 

Au moment où j'ai accouché, un projet de reconstruction d'une nouvelle maternité avec la même équipe et les mêmes principes, venait d'être validé après deux ans de lutte. Et je me disais qu'alors, ce serait parfait. Que le confort gagné dans les chambres ne serait pas du luxe et que les locaux seraient mieux adaptés. 

 

 

Mais voilà que depuis quelques mois, tout est remis en cause. L'ARS a découvert un "déficit structurel" et a bloqué le projet de reconstruction, avant de proposer des locaux (vétustes et peu adaptés) à Montreuil. 

Voilà l'histoire par Marie-Laure Bridal, médecin et présidente du Collectif maternité des Lilas :

 

La reconstruction de la maternité a été actée, dès février  2009, par Roselyne Bachelot. Les travaux devaient commencer fin 2010 sur un autre site aux Lilas.

En avril  2010, Claude Évin est nommé président de l’ARS-IDF. L’ensemble de nos interlocuteurs change. Commence alors pour la maternité des Lilas une lente descente aux enfers. Le 26 janvier 2011, Claude Évin suspend le projet. Le personnel et les usagers se constituent en collectif de défense. Un bras de fer avec l’ARS commence. (...)
La voie est alors enfin ouverte au déblocage de la situation, ce qui est fait officiellement dans une lettre que Claude Évin remet au maire des Lilas le 27 janvier 2012.

Le 8 mars 2012, François Hollande, bientôt président de la République, nous fait l’honneur de sa visite à l’occasion de la Journée des femmes et nous assure de son soutien, s’engageant même à venir à l’inauguration de la nouvelle maternité. Le 17 janvier 2013, à l’occasion de l’anniversaire de la loi Veil, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, et la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem sont venues, accompagnées, entre autres, de Claude Évin et Claude Bartolone, signifier leur soutien et saluer notre engagement sur la question de l’IVG. Nous avons tous cru en la parole donnée et aux engagements signés. Mais au fil des mois, la fameuse « première pierre » n’est toujours pas posée et nos finances se dégradent.

Claude Évin dans un courrier en date du 3 juin 2013, adressé à notre conseil d’administration, annonce brutalement que le projet est définitivement abandonné : notre déficit structurel est trop important pour envisager sereinement le projet en l’état. L’ARS semble oublier que le retard pris chaque année à sa réalisation nous a un peu plus enfoncés dans la crise budgétaire avec des coûts de plus en plus importants et que, depuis 2007, ce projet est passé entre toutes les mains les plus expertes de ce pays ! Une solution alternative nous est proposée : investir les locaux désaffectés de l’hôpital de Montreuil. Dix ans de réflexion, six ans de travail, 1,4 million d’euros d’argent public investi pour rien. Deux années de mobilisation, une victoire, puis un an d’attente, un personnel en souffrance, pour arriver à une proposition indigne qui compromet l’existence même de la maternité des Lilas. C’est maintenant une question de choix et de courage politique !

Le collectif Maternité des Lilas reprend sa lutte. Une vidéo est tournée : 

De faux accouchements sont mis en scène devant le ministère de la santé. Les sages-femmes décident de poser nues pour faire parler de leur cause (autant dire que je trouve dommage d'être obligées d'en arriver là, mais il faut bien reconnaître que c'est efficace, les articles de presse se sont multipliées ces derniers jours, comme dit une des sages-femmes : "Il faut qu'on montre nos nibards pour que les médias accourent"). 

 

Un rendez-vous avec l'ARS va avoir lieu dans les jours qui viennent. L'équipe de la maternité compte sur une forte mobilisation afin de faire pression sur l'ARS. Une pétition a été mise en ligne (qui a déjà réuni, au moment où j'écris cet article, 22685 signatures) et une manifestation est prévue le 21 septembre 2013 à 11h devant la mairie des Lilas. Je ne peux que vous encourager à signer cette pétition et à en parler autour de vous. 

 

Plus largement, à mes yeux, le déficit financier de la maternité des Lilas, ou d'autres maternité ayant les mêmes principes comme les Bluets, elle-aussi en danger, est une bonne occasion de s'interroger sur la T2A, ou tarification à l'activité, qui permet à une maternité très interventionniste au niveau de l'accouchement d'être plus rentable qu'une maternité qui limite les actes médicaux.  Explication (qui vient d'ici) : 

Pourquoi les médecins succombent-ils à la tentation de la planification des naissances et de l’optimisation financière ? La réponse tient en trois caractères : T2A, pour “tarification à l’activité”. C’est le mode de financement actuel des hôpitaux, qui instaure un cadre unique de facturation et de paiement des activités hospitalières. Plus simplement, avant la réforme hospitalière de 2007, chaque service d’hôpital recevait une enveloppe financière globale pour l’année. Depuis, les hôpitaux – publics comme privés – reçoivent, pour chaque acte hospitalier accompli, un paiement. Son montant est fixé par l’Assurance maladie. Or, il s’avère que certains actes sont mieux remboursés et donc plus rentables que d’autres. Ainsi, en obstétrique, une césarienne sans complication sera remboursée 3 064,12 euros à l’hôpital tandis qu’un accouchement par voie basse le sera à hauteur de 2 222,95 euros (tarifs 2006). Dans le cas de complications majeures, une césarienne sera remboursée 5 033,12 euros, un accouchement par voie basse 3 438,11 euros.

Au delà de la césarienne, on peut également parler de la péridurale, de l'épisiotomie, des échographies, etc. Attention, je ne remets pas en cause la nécessité d'actes qui peuvent parfois s'avérer vitaux pour l'enfant comme pour la mère, mais il est bien dommage que notre société se concentre uniquement sur la technique et que l'accompagnement, la présence des sages-femmes ne soit tout simplement pas prise en compte (et je pense que ça ne s'applique pas seulement à la maternité mais également à l'ensemble du domaine médical).

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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 10:00

Cet article est également publié sur le blog des vendredis intellos.

 

Je me suis lancée dans la lecture du livre d'Elisabeth Badinter, le conflit, la femme et la mère. J'y reviendrai probablement dans d'autres articles (j'ai pris ce livre dans le but de réfléchir aux moyens de concilier maternité, vie personnelle et vie professionnelle, donc il y aura sûrement des articles à ce sujet), mais pour aujourd'hui, je voulais parler du choix d'être mère ou non, et des raisons de ce choix.

 

Elisabeth Badinter considère que ce choix, qui va bouleverser plus qu'aucun autre la vie des parents devrait être issu d'une solide réflexion.

Mais elle constate que ce n'est pas toujours le cas et insiste sur la pression qui pèse sur les femmes (et dans une moindre mesure, les hommes) pour faire des enfants, à la fois de la part de la famille, de l'Etat, de la société...

 

Faire le choix de ne pas avoir d'enfants (et devoir se justifier sans cesse)

Quelle drôle d'idée de ne pas faire d'enfant et d'échapper à la norme ! Ceux-là sont constamment sommés de s'expliquer alors qu'il ne viendrait à l'idée de personne de demander à une mère pourquoi elle l'est devenue (et d'exiger d'elle des raisons valables)

E. Badinter, le conflit, p. 23

(par contre je pense qu'autant on ne posera pas la question à une femme déjà mère, je pense qu'on exige souvent des "raisons valables" de la part des femmes qui ont des difficultés à avoir un enfant et qui choisissent de continuer à essayer, parfois avec l'aide de la médecine). 

 

Les "childfree" ont ces dernières années davantage exprimé leur refus d'avoir des enfants et leurs raisons, avec la création d'associations, de blogs consacrés à la question comme celui-ci, la publications de livres comme No Kids de Corinne Maier dont parle Mickaeje44 ici

 

Faut-il une bonne raison pour avoir un enfant (ou ne pas en avoir) ?

La pression reste très présente, comme en témoigne Véronique Cazot, scénariste de la BD Et toi, quand est-ce que tu t'y mets ? dans un article de rue 89 :

Trouvez-vous qu’il y a une forte pression sociale pour avoir des enfants ?

La pression est énorme ! Surtout entre 30 et 40 ans, l’âge où tout le monde se lance dans la grande aventure familiale et vous encourage à plonger avec eux ! Toute la société est construite sur ce modèle unique. C’est le seul qu’elle reconnaît et qu’elle avantage moralement et socialement. Une femme normale veut FORCEMENT des enfants. Sinon, c’est qu’elle a FORCEMENT un problème.

Un couple équilibré qui s’aime veut FORCEMENT des enfants. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il y a FORCEMENT quelque chose qui cloche ou que le couple ne s’aime pas assez. Or, des tas de couples déséquilibrés ou qui ne s’aiment plus font des enfants et ont leur place dans la société.

Les filles sont conditionnées dès le plus jeune âge à devenir mère. C’est la fin heureuse de tous les contes de fée. Une promesse de bonheur qui me semble pourtant loin d’être évidente.

J’imagine à quel point les femmes qui voulaient, mais ne peuvent pas avoir d’enfant doivent se sentir inutiles et désespérées, car la société oublie de les rassurer sur le fait qu’on peut s’épanouir sans être mère et qu’un enfant ne garantit pas non plus une vie heureuse.

Et vous, comment vivez-vous cette pression sociale ?

Je l’ai mal vécue les premières années car j’avais du mal à assumer mon choix. Je me sentais harcelée par la société et par mon entourage. Je souffrais de ne pas être comprise et me sentais de plus en plus anormale. Je m’indignais que l’on puisse juger ou imposer un choix aussi intime et important.

Je me sentais vraiment rejetée par la société. Depuis, ce rejet n’est plus du tout subi. Il incarne ma liberté et me protège de ce conformisme qui me semble enfermer tout le monde dans une illusion collective. Je trouve que la norme imposée par la société nous fait tous nous sentir anormaux à un moment ou à un autre et nous pousse à gommer nos différences jusqu’à ce que nous ne soyons plus nous-mêmes et ne réfléchissions plus par nous-mêmes. La norme me semble être la plus dangereuse des illusions.

Véronique Cazot, interview de Rue 89

Comme le souligne Elisabeth Badinter,

Il faut donc une volonté à toute épreuve et un sacré caractère pour se jouer de toutes ces pressons, voire d'une certaine stigmatisation

E. Badinter, le conflit, p. 23

 

Je pense qu'il y a la matière à réflexion sur la liberté de choix que possèdent vraiment les femmes. Et sur les questions, qu'on pense anodines et qu'on pose parfois sans réfléchir (l'année de notre mariage, j'ai un peu l'impression d'avoir passé mon temps à répéter que non, le bébé n'allait pas suivre juste après, mais les personnes qui me posaient la question ne s'en sont probablement pas rendu compte).

 

 

Le choix d'être mère, pour quelles raisons ?

Elisabeth Badinter cite alors un sondage extrait de Philosophie magazine répondant à la question "pourquoi fait-on des enfants ?"

 

Un enfant rend la vue de tous les jours plus belle et plus joyeuse 60%
Cela permet de faire perdurer sa famille, de transmettre ses valeurs, son histoire 47%
Un enfant donne de l'affection, de l'amour et permet d'être moins seul quand on vieillit 33%
C'est faire cadeau de la vie à quelqu'un 26%
Cela rend plus intense et plus solide la relation de couple 22%
Cela aide à devenir adulte, à prendre des responsabilités 22%
Cela permet de laisser une partie de soi sur Terre après sa mort 20%
On peut permettre à son enfant de réaliser ce qu'on n'a pas pu faire soi-même 15%
Avoir un enfant est une nouvelle expérience, cela induit de la nouveauté 15%
Pour faire plaisir à votre partenaire 9%
C'est un choix religieux ou éthique 3%
Autres réponses 4%
Vous avez eu un enfant sans raison particulière par accident 6%




Mais elle considère qu'

En vérité, la raison pèse peu dans la décision d'engendrer. Probablement moins que dans celle du refus d'enfant. Outre que l'inconscient, lui, pèse de tout son poids sur l'une et l'autre, il faut bien avouer que la plupart des parents ne savent pas pourquoi ils font un enfant et que leurs motivations sont infiniment plus obscures et confuses que celles évoquées dans le sondage. (...) En fait, la décision découle plus largement de l'affectif et du normatif que de la prise en compte rationnelle des avantages et des inconvénients.

E. Badinter, le conflit, p. 22

 

 

Alors j'ai eu envie de me poser la question honnêtement : pourquoi je suis devenue mère ?

Je me suis toujours imaginée avec des enfants. En bonne partie, je pense, parce que c'est "comme ça que ça se passe". Et probablement aussi avec l'idée inconsciente de reproduire le modèle familiale (je voulais des enfants "tôt", comme ma mère qui a eu ses trois enfants avant 28 ans).

A la fin de l'adolescence et au début de ma vie d'adulte, cette envie d'enfant est devenue plus concrète parce que je travaillais (et travaille toujours) avec des enfants, et que je trouvais géniale la relation qu'on pouvait avoir avec eux.

Et puis arrivée au moment à l'âge auquel j'imaginais avoir des enfants je me suis sentie.. pas si pressée que ça d'en avoir. L'envie était là mais elle se heurtait à d'autres envies et ne prenait pas le pas sur les autres. Justement, rationnellement, en mesurant les avantages et les inconvénients, je ne voyais pas de raisons de me décider maintenant.

Et puis un jour, sans l'avoir prévu, un test de grossesse positif. Et une joie très profonde. Pourquoi ? Je n'en sais rien.

Alors on avait la possibilité d'élever un enfant (des revenus stables et suffisants, un couple solide...). Mais ce n'est pas une raison. Tout est effectivement venu de l'affect : le bonheur qu'on éprouvait, l'amour qu'on portait à ce qui était pour nous un futur bébé et non un amas de cellules...

La seule raison que j'identifie, c'est que même si j'étais loin d'être sûre d'être une bonne mère, j'étais sûre que mon amoureux allait être un père génial et qu'on était bien entourés et que cet enfant aurait la chance de rencontrer plein de gens géniaux (famille élargie, amis...) et de découvrir une vie riche (je sais, ça a un côté horriblement prétentieux).

Mais finalement, je me dis que cette arrivée surprise a été une très bonne chose parce que je n'aurais pas pu me fonder sur des raisons rationnelles pour prendre la décision de faire un bébé et que cette certitude de faire le bon choix, basée sur l'affect, je n'aurais pas pu l'avoir si le bébé n'avait pas déjà été là. D'ailleurs, pour le moment en tout cas, les raisons qui iraient dans le sens d'avoir un deuxième enfant ne font pas le poids par rapport aux raisons qui me poussent à m'arrêter là ! Est-ce que ça serait différent face à un test de grossesse positif ? Je n'en sais rien.

Alors je considère qu'Elisabeth Badinter a raison dans mon cas : la raison a peu pesé dans ce choix. Mais contrairement à ce qu'elle semble sous-entendre, je ne considère pas qu'un choix basé sur l'affect soit inférieur à un choix basé sur la raison, sur la rationalité. Je n'ai pas choisi d'avoir un enfant pour des raisons rationnelles. Je ne suis pas tombée amoureuse pour des raisons rationnelles non plus et les choix que j'ai fait concernant ma vie de couple sont aussi guidés essentiellement par l'affect. Je ne les considère pas comme moins légitimes.

 

 

Et vous, pourquoi avez-vous fait un enfant ? Est-ce que vous avez une "bonne raison" ? Est-ce que ça vous parait nécessaire d'en avoir ?

 

PS : j'utilise les expressions "avoir un enfant" et "faire un enfant" pour aller plus vite, mais ces expressions ont un côté "mécanique" qui me gênent un peu ici. On ne possède pas son enfant, et j'ai beaucoup plus le sentiment que mon fils s'est fait seul, avec simplement mon aide... Voir aussi cet article

PPS : zut, je me rends compte après coup que ces extraits ont déjà été analysés sur les vendredis intellos par madame bavarde ! Je poste quand même mon article, mais je vous renvoie au sien.

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