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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 11:00

Cet article est également publié sur le blog des vendredis intellos.

vendredis intellos

 

 

Contre les jouets sexistes, ouvrage collectif aux éditions l'Echappée.

 

contre-les-jouets-sexistes.jpg

J'ai eu la référence de ce livre sur un article de la mare aux mots consacré aux livres pour enfants non sexistes, et je l'ai commandé le jour même à la librairie. Je l'ai trouvé passionnant et j'ai eu envie de vous en parler. Voilà donc la première partie d'un compte-rendu du livre en six articles. 

En noir, le résumé du livre, en bleu, mes commentaires perso. J'ai gardé les mêmes exemples (type de jouet, marque) mais le livre date de 2007 et fait donc référence à des catalogues de cette époque, et j'ai préféré faire le lien vers les sites internet des marques citées et des jouets vendus aujourd'hui. En 6 ans, malheureusement, les choses ont peu évolué.

Ce livre a été écrit par des membres et sympathisants des associations  Mix-cité et du  Collectif contre le publisexisme. Il est très riche en notes, références bibliographiques, cependant afin d'alléger la lecture, j'ai fait le choix de ne pas les citer dans l'article afin qu'il ne soit pas trop long. Mais si vous désirez des références sur un sujet ou un chiffre, n'hésitez pas à me le demander !


Le livre rappelle en introduction l'inégalité homme/femme dans notre société, que ce soit dans la vie publique (voir le % de femmes à l'assemblée nationale), professionnelle (le salaire moyen des femmes ne représente que 75% du salaire moyen des hommes), privée (de 1986 à 1999, la part des hommes dans les taches domestiques est passée de 32% à 35,4%) ainsi qu'au niveau symbolique (changement de nom au moment du mariage, transmission du nom du père aux enfants...). "Les enfants, par conséquent les adultes de demain, seront-ils, seront-elles, moins sexistes ?"

Il propose ensuite deux grandes parties :  la première concerne "le sexisme dans les jouets", la seconde s'intitule "alternatives et luttes". 

 

Une idée importante est explicitée dès l'introduction et sera soulignée tout le long du livre : les différences entre garçons et filles sont dues à des injonctions

Les enfants comprennent très vite que le fait d'adopter un comportement ou un jeu de l'autre sexe est vu comme une transgression. "Les enfants reçoivent une foule d'informations explicites et implicites sur comment doit être une fille et comment doit être un garçon, sans laisser beaucoup de choix et sans tenir compte de la diversité des tempéraments et des personnalités (...). Les différences sont pratiquement toujours présentées comme des constats : ce sont en réalité des injonctions". 

Le livre prend alors l'exemple des albums jeunesse qui "apparaissent comme des supports privilégié du processus d'indentification" et souligne le nombre de héros beaucoup plus important que le nombre d'héroïnes. "Le lexique symbolique des images les instruisent très précocement sur les rôles sexués dans la famille et dans la société".  Alors que les hommes sont liés à l'éxtérieur, à la vie professionnelle, au pouvoir, les femmes sont liées à l'intérieur, au privé. On peut donner comme exemple "Martine petite maman" (j'ai d'abord été agacée de voir citer encore une fois Martine, alors que la série a déjà 50 ans, jusqu'à ce que je lise qu'actuellement, plus d'un million d'album de cette série sont vendus chaque année, ce qui m'a pas mal déprimé. Et vu les nouvelles déclinaisons proposées par Casterman, c'est malheureusement loin d'être fini).

martine-petite-maman.jpg

Ces constatations concernent également les romans, les contes, les manuels scolaires...

Bien sûr, il y a des albums qui proposent une vision différente, j'en ai d'ailleurs présenté quelques uns, comme Marre du Rose, mais on en reparle dans un autre article. 


"Certain-e-s légitiment l'usage des jouets sexistes en soulignant le fait que "les enfants sont libres de choisir". Or, les enfants choisissent leurs jouets d'abord pour se conformer au rôle que l'on attend d'eux-elles. Selon le psychologue Pierre Tap, "l'enfant en vient donc à aimer ce qu'il a le droit ou la possibilité de posséder, à apprécier des jouets qui peuvent être siens, et à rejeter les jouets qui ne font pas partie de son champ d'appropriation".

Ce passage me fait penser à une anecdote : temps d'accueil pour les moins de 3 ans et leurs parents à la bibliothèque, un petit garçon d'environ 2 ans arrive avec sa mère. Elle lui dit d'une voix enthousiaste : "chouette, tu vas pouvoir écouter plein d'histoires de voitures et de trains !". Il me semble évident qu'ensuite le choix des livres par le petit garçon ne peut pas être vraiment libre. 

Le jouet "oriente les compétences culturelles de l'enfant en cultivant des capacités physiques, psychiques et/ou émotionnelles spécifiques" et "conduit l'enfant vers les valeurs reconnues par la société où il-elle vit". "Le désir des enfants ne surgit pas toujours de lui-même; D'une part, les enfants (comme les adultes) désirent souvent ce qu'ils connaissent déjà (...), c'est-à-dire les jouets avec lesquels ils sont en contact, chez leurs camarades, dans les médias et dans les rayons des grandes surfaces. D'autre part le marketing rodé et agressif qui prend aujourd'hui les enfants pour cibles est là pour séduire, susciter le désir et aiguiller ces derniers dans les codes préexistants". 


Les jouets du premier âge : (les pages consacrées aux jouets du premier âge sont situées dans la première grande partie : le sexisme dans les jouets, mais je les mets dans cette introduction parce qu'il me semble que c'est un bon moyen d'illustrer qu'on ne peut pas parler de "libre choix" pour les jouets puisqu'ils sont genrés avant même que l'enfant soit en âge de choisir). 

"Avant même que les enfants n'aient conscience d'appartenir à tel ou tel sexe (ils et elles ne concoivent pleinement la différence des sexes que vers l'âge de trois ans), une éducation différenciée leur est donnée".

"L'environnement de la chambre, les couleurs, les décors, les vêtements présentent généralement une adéquation avec les codes de genre". Ils donnent comme exemple le catalogue éveil et jeux 2007 avec ses frises princesses ou ses frises chevaliers. (et sur le site d'éveil et jeux, on peut par exemple trouver une  chambre toute rose avec des "papillons et libellules (qui) séduiront toutes les petites filles.")Il y a peu, sur facebook, je suis tombée sur l'annonce du sexe de son bébé par une connaissance enceinte : "Le mystère est levé: pas besoin de repeindre la chambre bleue !" et elle développe plus bas en disant que si le bébé avait été une fille, elle aurait du la repeindre (en rose ?). 

chambre-bebe-rose-copie-1.jpgchambre-bebe-bleue.jpg

Peut-on penser qu'un enfant qui dort dans une de ces deux chambres choisira ensuite ses jouets sans contrainte ?


C'est également le cas pour de nombreux jouets. Très vite, on oriente les petites filles vers les poupées et les petits garçons vers des garages. Il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil au site de Corolle, rose, qui s'adresse uniquement aux filles et qui parle de "petites mamans" pour désigner des petites filles de 18 mois. 

 

Je voulais insister sur deux phrases du livre : "Notre analyse des jouets vise en premier lieu à rendre visible la dimension idéologique des injonctions que l'on fait subir, parfois inconsciemment, aux enfants".

"Dans une moindre mesure et de façon moins consciente, nous sommes toutes et tous amené-e-s à avoir des comportements sexistes qui influent sur les enfants". On interprète ainsi différemment les réactions d'un bébé selon son sexe (j'en avais parlé ici).

 J'essaye de donner au magicien une éducation peu genrée, afin qu'il ait le plus de libertés possibles. J'essaye ainsi de lui proposer le maximum de jouets mixtes : 

IMG_0580.JPG

C'est un critère que nous avons également pris en compte au moment de la décoration de la chambre : pour le mobile, par exemple, on a préféré la version "éléphants" à la version "fleurs" ou "voiture". J'aime bien que le dragon qui décore sa chambre porte une petite fille plutôt que l'habituel chevalier :

IMG_0578.JPG

 

Certains de ses jouets ou de ses vêtements sont en revanche clairement connotés "garçons" : jeu d'empilement "bateau de pirate", peluche dragon, pyjama de cowboy ou avec un robot...

Et je me suis rendue compte que certaines de nos réactions étaient dues au fait que c'était un garçon. Par exemple, le magicien joue souvent avec un morceau de tuyau, qu'il secoue dans tous les sens. C'est devenu son "sabre laser". Je doute qu'on aurait réagi de la même manière si le magicien avait été une magicienne... De même, quand j'ai lu qu'avec des bébés garçons on était plutôt dans le rationnel et dans le mouvement et la découverte spatiale, alors qu'on était d'avantage dans l'affectif et l'intime avec une petite fille, je me suis interrogée sur notre comportement avec notre fils. On considérait comme "faisant partie de son caractère" son goût pour l'extérieur (quand il est dans les bras, il ne fait jamais de calin, il est toujours tourné vers l'extérieur, essaye de voir le plus loin possible, etc), mais on s'est rendu compte que c'était peut être un comportement qu'on avait encouragé (je me souviens quand il était tout bébé, on passait des heures à le faire regarder par la fenêtre, on lui décrivait ce qui se passait autour...). Est-ce qu'on aurait fait la même chose s'il avait été une fille ? Je ne sais pas. 

Je ne prétends donc absolument pas donner une éducation entièrement non genrée. Mais je pense qu'il peut être intéressant pour tous les parents de réfléchir à ses pratiques sur le sujet, et aux automatismes dont on ne se rend pas forcément compte mais qui sont bien présents. Et ce, afin de laisser à l'enfant le plus de possibilités pour se réaliser en tant que personne plutôt qu'en tant que garçon ou en tant que fille.

Et vous, vous avez réfléchi à la question ?

 

 

Vendredi prochain, je vais vous parler du rôle des jouets dans la construction des genres masculins et féminins.

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commentaires

marjolaine 05/04/2013 23:36

ici on a un modèle de petite fille qui n'a -même toute petite, à 1 mois deja- jamais voulu etre portée contre nous, il fallait qu'elle soit tournee vers l'extérieur. Elle se calme immediatement en
observant le paysage et pourrait passer ses journées au parc... Garçon ou fille, on a eu de petits aventuriers je crois, je ne suis pas sure que ca tienne à votre attitude :-)
Enfin cette question de couleurs me preoccupe beaucoup aussi, au point qu'on a pris le contrepied de faire une chambre avec un pan de mur bleu et le reste multicolore. Une maniere de contrebalancer
tous ces cadeaux, en particulier les vetements, qui sont irrémédiablement roses :-) (et pourtant j'avais prevenu, ils sont incorrigibles !)

Lila 08/04/2013 09:32



Oui, je pense que l'essentiel vient de son caractère, même si on a peu être un peu renforcé inconsciemment cette attitude. Mais de toute façon je trouve ça très chouette d'avoir un petit
explorateur !


Pour les couleurs, c'est une des raisons pour lesquelles je suis contente d'avoir un garçon : je n'aime pas le rose, ça aurait donc été un peu compliqué avec une fille !



La tricoteuse masquée 01/04/2013 08:29

Je suis tombée sur le dessin animé Martine sur la 5 ce matin, on en aura définitivement jamais fini...

Lila 02/04/2013 09:26



Je ne savais même pas que ça existait !



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  • : Bibliothécaire, maman du magicien (né en 2012) et de la puce (née en 2015), je parle de mes coups de coeur en littérature jeunesse, de ma vie, de mes ballades... J'ai un autre blog, http://filledalbum.wordpress.com où je réunis des ressources pour une littérature jeunesse antisexiste.
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