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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 12:00

Il y a quelques jours, je suis allée au 104 avec un ami voir l'exposition Keith Haring, the political line.

L'exposition du 104 est un complément de celle organisée au Musée d'art moderne de la ville de Paris (que je n'ai pas visitée). On y trouve les grands formats, que ce soient des toiles ou des sculptures. 

 

Les deux expositions s'intéressent à l'engagement politique de l'artiste : 

«Chaque pièce de son œuvre est porteuse d'un message directement politique, analyse Dieter Buchhart. Au sens de l'individu dans l'espace public. Pour la liberté d'expression avec sa série de dessins à la craie dans le métro de New York. Pour le droit d'être différent et heureux avec tous ses dessins qui célèbrent l'amour libre. Contre l'homophobie, mais aussi le racisme aux États-Unis et la ségrégation en Afrique du Sud. Contre le capitalisme et ses excès d'esclavagiste.»

 

On commence par visiter le pop shop de Tokyo :

 

Keith Haring, the political line au 104

Il s'agit d'un container dont l'intérieur a été entièrement décoré par Keith Haring dans lequel il vendait des produits dérivés (il y avait plusieurs boutiques comme celle-ci dans le monde, la première étant à New York). Il s'agissait pour Keith Haring de rendre l'art accessible à tous en vendant des affiches ou différents produits dérivés qu'il concevait lui-même, et de rompre avec l'élitisme des collectionneurs d'art, ce qu'il faisait déjà en dessinant dans le métro ou sur les murs de la ville.

On trouve ensuite, sous la grande halle, des sculptures très grand format (qui sont visibles sans prendre de billet pour l'expo ou faire la queue, si vous passez par là), en particulier le chien dansant :

Keith Haring, the political line au 104

Sont ensuite présentées des toiles montrant l'engagement de Keith Haring. Un engagement fort dans la lutte contre le Sida, dont il était atteint, et pour le sexe protégé :

Keith Haring, the political line au 104

Un engagement fort contre le nucléaire aussi, avec par exemple cette toile : un champignon atomique, des centaines de corps entassés et ce serpent qui dévore l'homme.

Keith Haring, the political line au 104

On y trouve aussi le mariage du ciel et de l'enfer, réalisé pour un spectacle de ballet et peint en quelques heures à peine (alors que la toile fait 7m sur 11 !).

Keith Haring, the political line au 104

Et un décor réalisé pour une boite de nuit new-yorkaise où il avait ses habitudes :

Keith Haring, the political line au 104

Mais l'oeuvre majeure de cette expositions, ce sont les dix commandements. 10 tableaux très grand format réalisés en 3 jours et qui font bien sur référence aux dix commandements de la Bible. Il s'en dégage une forte unité, avec leur fond identique et leurs personnages rouges (représentant le mal ou la tentation) et bleus (représentant les hommes).

Ils sont particulièrement bien mis en valeur dans cette grande salle, sur fond noir.

Keith Haring, the political line au 104
Keith Haring, the political line au 104
Keith Haring, the political line au 104

Bref, une exposition chouette mais très frustrante vue seule, car beaucoup trop courte (j'ai mis ici plus de la moitié des tableaux présentés). Heureusement que le 104 est aussi un lieu agréable pour boire un verre ! Je pense qu'il faut la faire en complément de celle au musée d'art moderne, et pas seule (pour info, l'entrée sur un site permet un tarif réduit sur l'autre site).

Mais la mise en avant de l'aspect politique de l'œuvre de Keith Haring est intéressante, parce que je pense qu'on s'arrête trop facilement sur l'aspect coloré et parfois presque enfantin de ses dessins et qu'il était nécessaire de rappeler ou de faire découvrir son engagement.

 

J'ai vu beaucoup de familles et de groupes d'enfants dans cette expo (vacances scolaires obligent). Or, justement, Keith Haring, ce ne sont pas seulement des petits bonhommes aux formes sympathiques. Comme vous pouvez le voir dans les quelques œuvres que j'ai mises en avant, il y a des représentations sexuelles explicites (sexes en érection, sodomies...). Je ne dis pas qu'il ne faut pas y emmener d'enfants. J'ai personnellement accompagné il y a quelques années, lors d'une exposition Keith Haring au musée d'art contemporain de Lyon, la classe de petite section de ma maman et constaté avec ravissement à quel point sa peinture pouvait parler aux enfants et à quel point cette visite les avait marqué (un des élèves m'en a reparlé 6 mois plus tard!). Mais simplement qu'il faut savoir à quoi s'attendre, éventuellement sélectionner les œuvres et les salles à visiter et être prêt à répondre aux questions sur le sujet. (S'en est d'ailleurs suivi une intéressante conversation avec l'ami qui m'accompagnait sur la manière dont on parle de sexe aux enfants, sur les raisons du tabou qui entoure souvent ce sujet et sur les conséquences que ce tabou peut avoir sur la sexualité future de ces enfants !).

 

Pour en savoir plus sur Keith Haring, voilà une chouette série de vidéos proposées par télérama et un commentaire sur les dix commandements par la commissaire de l'exposition

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 12:00

Chagall est mon peintre préféré depuis longtemps. Quelques semaines après ma rencontre avec Paul, il m'a emmené à Martigny voir une exposition de ce peintre. 6 heures de route dans la journée et un vrai ravissement. J'adorais déjà ce peintre mais l'avoir vu tous les deux en à fait un peintre encore plus particulier à mes yeux.

Alors quand j'ai vu qu'il y avait une exposition à Paris, je ne pouvais pas rater ça ! On est donc allés passer une soirée au musée, un vendredi soir. Et j'ai trouvé que cette nocturne était vraiment un bon plan : aucune queue dehors et un monde tout à fait supportable à l'intérieur (le musée du Luxembourg est tout petit, il devient très rapidement infréquentable dès qu'il y a du monde).

L'exposition suit les grandes étapes de la vie du peintre. La première salle présente ses toiles peinte lors de son retour en Russie, après quelques années passées à Paris. Les premières évoquent des moments de bonheur : il vient d'épouser Bella. C'est l'époque des amoureux en vert.

Les amoureux en vert (source : RMN)

Les amoureux en vert (source : RMN)

Cependant nous sommes en pleine première guerre mondiale et Vitebsk, où ils vivent, est une ville de garnison. Rapidement, la guerre s'invite dans son œuvre et il met en scène les soldats ou les villageois chassés par les combats. On découvre alors des dessins à l'encre, en noir et blanc, très différents des tableaux colorés qu'on a l'habitude de voir. C'est ce que j'ai trouvé de plus intéressant dans cette exposition parce que je ne connaissais pas du tout cet aspect de son œuvre.

Couple de paysans, départ pour la guerre (source : RMN)

Couple de paysans, départ pour la guerre (source : RMN)

Chagall représente aussi le peuple juif et ses traditions. On le voit dans l'étude.

L'étude (source : RMN)

L'étude (source : RMN)

Et le magicien a particulièrement aimé ce tableau là :

L'homme à la barbe

L'homme à la barbe

Chagall entre guerre et paix au musée du Luxembourg

Dans "au dessus de Vitebsk", on découvre la figure du juif errant, référence à la fois à sa culture familiale et à l'époque perturbée qui lance sur les routes des populations qui fuient la guerre.

La salle suivante est consacré aux peintures bibliques. En effet, on lui a commandé une série d'illustrations de la Bible dans les années 30.

Abraham et son fils (source : RMN)

Abraham et son fils (source : RMN)

(Anecdote : je commentais les tableaux au magicien que j'avais dans le manduca, et j'ai traumatisé la vieille dame à côté de moi en lui disant : "tu vois c'est Abraham qui doit tuer son fils").

la guerre est finie, Chagall est revenu vivre en France. Il laisse d'avantage de place à la fantaisie, au rêve.

Songe d'une nuit d'été (source : site du musée de Grenoble)

Songe d'une nuit d'été (source : site du musée de Grenoble)

Mais rapidement, la guerre revient. Chagall fuit vers les États-Unis. La guerre et la douleur s'invitent dans sa peinture. Il va alors beaucoup représenter le Christ, symbole de cette souffrance et mêler des éléments du christianisme et du judaïsme.

L'exode (source : RMN)

L'exode (source : RMN)

Dans cette salle, j'ai été beaucoup marquée par le triptyque Résistance, Résurrection, Libération. Si les deux premiers représentent les souffrances du peuple juif, le troisième présente le paradis promis à une humanité réconciliée.

Chagall entre guerre et paix au musée du Luxembourg
Chagall entre guerre et paix au musée du Luxembourg
(source : RMN)

(source : RMN)

Les deux dernières salles laissent derrière elles les horreurs de la guerre, mais certaines toiles seront marquées par la douleur après la mort de son épouse, Bella, en 1944. Les toiles ont alors souvent un fond sombre.

L'âme de la ville (source : RMN)

L'âme de la ville (source : RMN)

Il revient vivre en France en 1948 et s'installe à Vence. On retrouve alors l'univers coloré caractéristique de ce peintre.

Paysage bleu

Paysage bleu

La danse (source : RMN)

La danse (source : RMN)

On finit, dans la dernière salle, par plusieurs esquisses préparatoires pour mon tableau préféré, Une vie, qui n'était malheureusement pas présent :

Chagall entre guerre et paix au musée du Luxembourg

 

Des tableaux magnifiques, donc. Mais une exposition qui, personnellement, m'a laissé un petit peu sur ma faim. Parce que j'ai trouvé que le sujet de l'exposition servait uniquement de prétexte pour une rétrospective de toute l'oeuvre du peintre. Mais que son oeuvre est bien trop importante pour un petit musée comme celui du Luxembourg. Du coup, ça m'a laissé une impression de pas assez. D'autant plus que comme j'adore ce peintre, j'avais déjà vu plusieurs expositions le concernant, en particulier la rétrospective du grand palais en 2003 et l'exposition de la fondation Gianadda à Martigny en 2007, ainsi que des expositions sur certains aspects de son oeuvre comme celle sur Chagall et la Bible au musée d'art et d'histoire du Judaïsme en 2011

Mais je pense que cette exposition vaut vraiment le coup pour ceux qui veulent découvrir son oeuvre. Ou pour ceux qui, comme moi, sont heureux dès qu'ils voient une de ses toiles. 

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 12:00

Après les sculptures monumentales exposées dans des salles bondées, c'est un vrai bonheur de découvrir les salles désertes du premier étage. D'autant que même si les pièces exposées sont moins spectaculaires, elles sont aussi intéressantes, et à mes yeux beaucoup plus touchantes que les précédentes.

J'ai en particulier adoré les salles consacrées aux sculptures en terre cuite, car elles contiennent des pièces qui évoquent directement la vie quotidienne des grecs.

Comme elles étaient peu chères, ces figurines étaient souvent offertes comme offrandes. Elles deviennent ensuite objets de décoration, offrandes funéraires ou jouets pour enfants.

Quelques coups de coeur :

Ménade, suivante de Dionysos (source : RMN)

Ménade, suivante de Dionysos (source : RMN)

Boulangères au pétrin (source : RMN)

Boulangères au pétrin (source : RMN)

Boucher et cuisinière (source : RMN)

Boucher et cuisinière (source : RMN)

Scribe

Scribe

Danseuse aux crotales (source : RMN)

Danseuse aux crotales (source : RMN)

Jouet pour enfants

Jouet pour enfants

Ensuite on arrive aux salles consacrées aux céramiques.

On commence par les vases archaïques, ornés de figures géométriques ou d'animaux, datant du 7e siècle avant JC :

(source : RMN)

(source : RMN)

(source : RMN)

(source : RMN)

Les antiquités grecques au musée du Louvre, la suite

Puis au VIe et Ve siècle, on retrouve les sujets mythologiques :

Achille et Ajax jouant aux dés

Achille et Ajax jouant aux dés

Gorgone (source : RMN)

Gorgone (source : RMN)

Les antiquités grecques au musée du Louvre, la suite
Satyre jouant de la double-flûte (source : RMN)

Satyre jouant de la double-flûte (source : RMN)

Les antiquités grecques au musée du Louvre, la suite

Voilà un bref aperçu, les collections sont tellement riches qu'on pourrait y passer des heures. D'ailleurs, moi, je reste sur ma faim, et j'irai refaire un tour au Louvre un de ces jours (d'autant que je n'ai même pas eu le temps d'aller jeter un oeil aux antiquités étrusques et romaines).

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 12:00

C'est l'histoire d'une famille qui a décidé d'aller voir l'expo Keith Haring au 104 et qui se retrouve... au département des Antiquités grecques au Louvre ! 

(parce que j'ai eu la bonne idée, 5 minutes avant de partir, de vérifier les horaires, pour voir que le lundi, l'expo était fermée ! Comme on était prêts à partir on a décidé de sortir quand même, et comme j'avais envie depuis longtemps de revoir les antiquités au Louvre, j'ai trouvé que c'était une bonne occasion !). 

 

Pour ce qui est des questions pratiques...

Pour l'entrée au Louvre : pour éviter de faire 1h de queue, le week end ou les jours fériés, il faut impérativement arriver avant 10h. La queue se fait en deux temps, une première fois pour vérifier les sacs, une seconde pour prendre les billets. Si vous arrivez par le métro et que vous êtes deux, ça peut valoir le coup que l'un des deux aille prendre les billets aux bornes automatiques (prendre à droite) pendant que l'autre va commencer à faire la queue. A noter aussi : si vous avez un motif de gratuité (moins de 26 ans, pass éducation...), il est inutile de faire la queue aux caisses, il suffit de montrer le justificatif au point de contrôle des billets. 

Pour le département des Antiquités grecques :

il se divise en deux parties, au rez-de-chaussée et au premier étage. 

Au rez-de-chaussée, les statues monumentales... et les hordes de touristes ! C'est sur le chemin de tous les groupes et de tous ceux qui font "l'essentiel du Louvre en 3 heures" ("suivez la Joconde, c'est fléché !"). Voilà la Vénus de Milo par exemple : 

Les antiquités grecques au musée du Louvre

(les salles de gauches qui exposent des stèles funéraires sont déjà bien moins peuplées... et tout aussi passionnantes !).

Au premier étage, les bronzes et les céramiques. Dis comme ça, ça fait moins rêver, mais pourtant c'est ce que je vous recommande vivement. D'une part, parce que les salles en elles-mêmes sont superbes. D'autre part, parce qu'on accède à une autre vision de l'Antiquité, que personnellement je trouve beaucoup plus touchante, car on y trouve de nombreux objets de la vie quotidienne. Et puis accessoirement, vous y serez tranquilles !

Les antiquités grecques au musée du Louvre

Donc pour moi, il vaut mieux passer rapidement au rez-de-chaussée pour ne pas manquer les quelques pièces magiques et s'attarder à l'étage !

 

 

De même, ici, commençons par le rez-de-chaussée. Je ne vous remontrerai pas la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace. Et contrairement aux articles que je fais d'habitude sur les expos, je n'essayerai pas de retracer une visite. Je préfère mettre en avant mes coups de coeur.

(mes photos étant moches, je les ai substituées dans la mesures du possibles par celles de la RMN). 

 

Parmi les sculptures

D'abord, deux statues d'Athéna, parce que quand j'étais petite, c'était ma déesse préférée (oui, certains ont un joueur de foot préféré, moi j'avais une divinité grecque préférée, no comment !) (j'adorais Déméter et Perséphone aussi)

(source : RMN)

(source : RMN)

(source : RMN)

(source : RMN)

La première, la Pallas de Velletri, est une réplique en marbre d'une statue monumentale en bronze, la seconde, dite Athéna à la ciste, est également une réplique.

En effet, la plupart des originaux grecs, en bronze, ont été perdus, mais il était à l'époque courant de se faire faire des répliques de statues célèbres, on a donc retrouvé essentiellement des copies en marbre datant de l'époque romaine (soit sculptées 400 à 500 ans plus tard). Cela explique qu'on ait régulièrement des séries de statues avec de très légères variantes.

 

Athéna, en tant que déesse de la guerre, est très souvent représentée casquée et portant  sur ses épaules et son buste l'égide (une cuirasse en peau de chèvre) et la tête de Médée (qu'on voit comme en pendentif sur la première photo) qui avait le pouvoir de pétrifier ceux qui la regardaient.

Pour la première sculpture, elle est appelée "Pallas", soit déesse de la sagesse. Sur la seconde, elle porte dans une main une corbeille (ciste) qui contient Erichtonios. Fils d'Hephaistos et de la terre, représenté soit sous la forme d'un serpent comme ici, soit comme un être mi-homme mi-serpent, il a été élevé par Athéna. Roi légendaire d'Athènes, il y aurait construit un temple en l'honneur de la déesse et instauré son culte dans la cité.

J'aime la tête penchée vers le serpent, le côté maternel, très rare chez cette déesse. 

 

(source : RMN)

(source : RMN)

Apollon sauroctone (= le tueur de lézard).

J'aime la composition, et les traits fins, presques féminins du Dieu.

(source : RMN)

(source : RMN)

Héraclès et Télèphe (Héraclès est le nom grec d'Hercule). J'aime le contraste avec la statue précédente, la force qui s'en dégage. Héraclès porte ses attributs habituels (la massue, la peau du lion de Némée sur les épaules. Il porte sur le bras son fils, qui a été jusque là nourri par la biche présente à leur côté.

Arthémis, déesse de la chasse, avec sa tunique courte pour pouvoir courir librement.

Arthémis, déesse de la chasse, avec sa tunique courte pour pouvoir courir librement.

Les antiquités grecques au musée du Louvre

Une ménade. Les ménades, appelées bacchantes à Rome, font partie du cortège de Dionysos (qui était constamment accompagné par ce cortège pour être célébré). D'où la coupe de raisin à la main et la couronne de lierre. Elle me parait cependant calme et sereine, ce qui va à l'encontre de la manière dont sont présentées les ménades dans les textes (ivres, délirantes...).

Les antiquités grecques au musée du Louvre

Cette sculpture représentant Marsyas (un mortel ayant offensé Apollon) juste avant son supplice. Je la trouve particulièrement marquante au milieu de toutes ces images de divinités sublimées.

(source : RMN)

(source : RMN)

Mon coup de coeur, même s'il n'est probablement pas très original : les trois Grâces.

Voilà, j'espère que l'exposé ne vous a pas trop gonflé et je vous montre la suite très vite !

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 12:00

J'ai du retard dans mes compte-rendus d'exposition puisque  je suis allée voir celle-ci fin Novembre

 

Quand j'ai découvert Soutine, j'étais en terminale, et je faisais un TPE sur la vie artistique à Paris dans les années 1920. J'ai d'abord connu ses pièces de boeuf, et je dois dire que je n'ai pas été emballée. Mais il y a quelques mois, en visitant les collections permanentes de l'Orangerie, j'ai découvert ses paysages, et j'étais déjà beaucoup plus enthousiaste. Alors quand mes beaux parents ont décidé d'y aller, je les ai accompagnés, profitant de cette occasion de mieux connaître son oeuvre. Et j'ai bien fait, parce que j'ai trouvé cette exposition magnifique.

 

La première salle est consacrée aux portraits des amis et des mécènes. Elle a pour ambition de montrer que Soutine n'était pas l'artiste maudit et solitaire qu'on imagine parfois, mais qu'il avait de nombreux amis dans le monde de l'art. L'exposition s'ouvre d'ailleurs sur un portrait de Soutine peint par Modigliani. Il eu également des mécènes fidèles, en particulier le Dr Barnes ou Madeleine Castaing dont on trouve le portrait dans cette salle :

soutine madeleine castaing

Madeleine Castaing (source : RMN)

"Les sujets, centrés sur un fond souvent foncé, sont étirés, déformés parfois à outrance, mais s'attachent à individualiser les traits et l'expression jusqu'à en sonder la psychologie. Le portrait de Madeleine Castaing, décoratrice et mécène de Soutine, en est une illustration. Le manteau noir et le rouge éclatant de sa robe forment une silhouette aux contours presque épurés. Le visage triangulaire au nez étiré, légèrement décalé, la bouche rouge, le regard scrutateur révèlent la force de son caractère" (dépliant de l'exposition).


On y trouve aussi une autoportrait du peintre :

Soutine-autoportrait.jpg

Autoportrait

 

La seconde partie est consacrée aux paysages. Tout d'abord aux représentations de villages, de maisons. C'est de loin la partie de l'exposition que j'ai préféré. "Tout est comme balayé par une tempête : maisons, arbres et personnages tanguent et se déforment" (dépliant de l'exposition)

maisons soutine

Les maisons (source : RMN)

"Dans une vision hallucinée, les maisons semblent des personnages, dansant sur leur base et ondulant en s'allongeant démesurément vers le ciel (...). Un souffle puissant déporte vers la gauche ce ballet qui swingue. A droite, les formes se désagrègent jusqu'à devenir de simples taches de couleur à la limite de l'abstraction. Une telle démarche visant à déformer le réel pour exprimer la passion et le tourment se rencontre à la même époque chez les peintres français et étrangers (...) que l'on rassemble sous l'étiquette d'expressionnistes" (extrait de "Soutine", fascicule publié par le musée de l'Orangerie).

 

Les paysages peints dans le Sud regorgent de couleurs chaudes et vives. Les reproduction de la RMN ne leur rendent pas honneur.

soutine-paysage-de-la-gaude.jpg

Paysage de la Gaude (source : RMN)

soutine-la-route-folle-a-cagnes.jpg

La route folle à Cagnes

soutine-arbre-couche.jpg

Arbre couché (source : RMN)

 

Le motif de l'arbre est très fréquent dans l'oeuvre de Soutine. La salle suivante est consacrée à ces représentations. 

IMG

L'arbre

 

La salle suivante s'organise autour de la couleur rouge. On y trouve l'escalier rouge à Cagnes : 

    Peinture-0001-copie-1.jpg 

Mais aussi une série de "glaïeuls" dont voilà un exemple :

Soutine-glaieuls.jpg

 

La grande salle suivante est consacrée aux natures mortes, et en particulier à la série des boeufs écorchés. Cette série a été inspirée à Soutine par ce tableau de Rembrandt. En effet, Soutine s'inspire énormément des peintres classiques. Il faisait livrer des carcasses fraiches des abattoirs afin de pouvoir les peindre (les voisins n'étaient pas enchantés par l'odeur !). 

soutine-boeuf-ecorche.jpg

 

Les deux dernières salles de l'exposition sont consacrées aux portraits, et en particulier aux portraits des gens de métier. Le tableau qui fit sa notoriété est le petit patissier (il réalisa 6 toiles sur le sujet):

soutine-petit-patissier.jpg

(source : RMN)

Cette toile "est la démonstration parfaite de l'inspiration classique de Soutine. La composition de la toile reprend celle du  Portrait de Charles VII par Jean Fouquet. Le garçon est assis de face, les mains croisées, la silhouette, élargie par des épaules carrés, emplissant tout le champ du tableau. Comme pour le  portrait d'Emile Lejeune, l'oreille gauche, démesurée, compense la féformation du nez tournée vers l'autre côté. La virtuosité de Soutine apparaît dans le traitement de l'uniforme, blanc laiteux et irisé de couleurs douces, que fait chanter la touche rouge vermillon du chiffon pétri par les mains du jeune garçon" (extrait de "Soutine", fascicule publié par le musée de l'Orangerie).

 

soutine-garcon-d-etage.jpg

Le garçon d'étage (source : RMN)

 

Là encore, il travaille par série, comme on le voit avec les tableaux représentant des enfants de choeur :

soutine-enfant-de-choeur.jpg

(source : RMN)

Dommage qu'on ne puisse pas zoomer sur les détails des tissus, qui sont tout simplement magnifiques !

soutine-enfant-de-choeur-2.jpg

(source : RMN)

 

 

Pour conclure en un mot, cette exposition est une très bonne occasion de découvrir l'oeuvre de Soutine. L'exposition est même presqu'un peu trop courte (du coup, on l'a fait deux fois de suite ^^). Heureusement, pour ceux qui ont encore faim de tableaux, les collections permanentes de l'Orangerie sont là !

 

Pour en voir plus, voilà une visite guidée de l'exposition :

Vous pouvez aller voir cette exposition à l'Orangerie jusqu'au 21 janvier 2013. 
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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 12:00

La peinture aborigène nait en 1971 à Papunya. Un "centre de peuplement" où on a regroupé des centaines d'aborigènes qui étaient jusque là semi-nomades. Un professeur de dessin, Geoffrey Bardon, pousse alors les adolescents, puis les hommes à peindre des épisodes mytiques en utilisant leurs motifs rituels, utilisés jusque là pour dessiner sur le sable, la roche ou la peau. Ils réalisent alors une fresque pour décorer l'école puis peignent des tableaux, le plus souvent sur des matériaux de récupération (d'ailleurs les premiers tableaux, peints sur des morceaux d'aggloméré, sont rarement parfaitement rectangulaires !). 

Ces peintures sont un acte artistique, mais également politique : il est un moyen de combattre l'acculturation voulu par le gouvernement australien. Geoffrey Bardon sera d'ailleurs contraint de quitter Papunya dès 1972.

Les motifs représentés sur ces tableaux ont été pendant des siècles reservés aux seuls initiés. Aujourd'hui encore, si certains sont connus, d'autres restent innaccessibles : "chez les Aborigènes, les notions de transmisson et de révélation sont strictement codifiés. Il faut admettre ainsi qu'un blanc restera à jamais incapable de déchiffrer la totalité des signes qui se trouvent sur les tableaux et qu'une partie de leur mystère perdurera toujours" (Philippe Peltier, conseiller scientifique de l'exposition). 

 

L'exposition commence par expliquer le contexte, et présente quelques objets rituels et des vidéos de cérémonies rituelles. On y trouve par exemple des boucliers peints :

boucliers-aborigenes.jpg

(source image : musée du quai Branly, Gautier Deblonde)

 

Les tableaux sont ensuite regroupés par peuple et par artiste. 


reve-d-eau.jpg

Rêve d'eau à Kalipinypa de Walter Tjampitjinpa

Les tableaux aborigènes représentent le "temps du rêve", période mythologique de création du monde. A Kalinpinya, le dieu de la foudre a créé 5 points d'eau (les cercles concentriques). Les lignes représentent la foudre et les points la pluie qui s'infiltre dans la terre. 

 

reve-d-emeu.jpg

Rêve de l'émeu de Long Jack Phillipus Tjakamarra

Les peintures aborigènes représentent des paysages vus du ciel. On a ici, au centre, le puit où est né le premier émeu, représenté par ses empreintes. Les lignes ondulées à gauche représentent une rivière. 

 

reve-de-l-esprit-de-l-igname.jpg

Rêve de l'esprit de l'igname de Tim Leura Tjapaltjarri

L'igname est un tubercule qui ressemble à la pomme de terre et qui constitue la base de l'alimentation des aborigènes. Elle est donc souvent représentée dans les tableaux.

 

art-aborigene.jpg

Le rêve de l'homme de John Tjakamarra

 

feu-de-bush.jpg

Feu de bush II de Clifford Possum Tjapaltjarri

 

grande-ceremonie-du-reve-pintupi.jpg

Grande cérémonie du rêve Pintupi d'Anatjari Tjakamarra

Cette toile raconte le combat entre les ancêtres et des opposums. On peut voir leurs traces de pas sur le site cérémoniel. Les triangles blancs représentent les couteaux utilisés lors du combat.

 

ceremonie-des-hommes.jpg

Cérémonie des hommes de Freddy West Tjakamarra

 

 

L'exposition se termine sur plusieurs toiles monumentales (donc difficile de montrer sur le blog ce que ça donne "en vrai"), en particulier rêve de l'esprit dans la région de Napperby de Tim Leura Tjapaltjarri :

reve-d-un-esprit-a-traves-le-territoire-de-Napperby.jpg

La ligne qui traverse la toile "évoque le voyage de l'artiste à travers son territoire ancestral". On trouve sur cette toile des évocations de toiles antérieures, comme le rêve de l'esprit de l'igname dans "l'encadré" ocre clair. Le squelette à droite est celui du père ou du grand-père de l'artiste. "Il figure le lien inséparable qui lie les membres d'une lignée à leur terre". 

 

 

Une très belle expo, complètement différente de ce qu'on voit d'habitude. La découverte vaut vraiment le coup. 

En plus, j'aime bien les espaces d'expo au qui Branly : ils ont de la place dont les salles sont grandes, on circule facilement. Pas de mise en scène inutile, juste les toiles sur fond blanc. Superbe. 

Les oeuvres sont nombreuses (presque trop). Et j'ai trouvé ça intéressant de voir la cohérence d'un art fondé sur des motifs traditionnels, mais aussi la spécificité de chaque artiste qui les réinterprête pour en faire une oeuvre personnelle. 

Bon, il faut bien râler un peu, alors disons que je trouve dommage qu'on trouve l'explication des différents symboles seulement au milieu de l'expo. Heureusement que j'ai visité l'expo avec un ami qui les connaissait et qui a pu décrypter certains éléments des premières salles. 

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 12:00

Grâce à mon meilleur ami, j'ai eu un billet coupe-file gratuit pour l'expo Bohèmes au grand palais !

L'exposition s'intéresse à la fois aux gens du voyage et à leur représentation dans l'art et à la "vie de Bohème" des artistes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, en particulier à Montmartre. Elle explique clairement l'articulation entre les deux sens du mot Bohème.

 

On commence donc à la Renaissance. Les bohémiens arrivent pour la première fois à Paris au XVe siècle. Se crée autour d'eux toute une mythologie. On les appelle "Egyptiens" ou "Bohémiens". On leur invente une origine, et on s'intéresse à leurs costumes, en particulier aux coiffes des femmes.

egyptienne-deserps.png

Extrait du "Recueil de la diversité des habits" de François Deserps (source de l'image : gallica)


Comme on les considère comme des egyptiens, on retrouve leurs costumes dans certains tableaux religieux, comme ce "Moïse sauvé des eaux" d'après Niccolo dell'Abate :

moise-sauve-des-eaux-abate.jpg


Très vite, on crée une mythologie, et on retrouve toujours le même type de scènes :

  • la diseuse de bonne aventure

Par exemple dans ce tableau de Georges de La Tour :

   diseuse-de-bonne-aventure-delatour.jpg

La vieille bohémienne détourne l'attention du riche jeune homme pendant que ses complices le détroussent. L'origine orientale des bohémiens est soulignée par leur teint mais aussi par les motifs de leurs vêtements. 

On la retrouve un siècle plus tard chez watteau :

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Watteau, peintre de scènes galantes, crée un fort contraste entre la bohémienne et ses cliente : les vêtements chatoyants s'oposent au brun de la robe de la bohémienne et le décor au fond sépare nettement les deux groupes, réunis seulement par les mains qui se touchent. L'heure n'est plus à la tromperie mais à la légerté, malgré la position de la vieille, doigt sur la bouche, qui introduit une certaine inquiétude dans le tableau. 

  • la danse et le théâtre, comme dans ce portrait d'une danseuse de Vigée-Le Brun (le tambourin est un des éléments caractéristiques des bohémiens)

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  • les campements de bohémiens et la vie d'errance

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Campement de Bohémiens de Jan Van de Venne (XVIIe siècle). On y retrouve les coiffes de femmes qui caractérisent les bohémiennes à cette époque. (source de l'image : RMN)

On retrouve ce thème dans un tableau de Van Gogh, "les roulottes, campement de Bohémiens" :

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Grace au soleil et à la douceur des couleurs, ce tableau, peint près de Sainte-Marie-de-la-Mer, donne une impression de sérénité et de bonheur. (source de l'image : RMN)

 

Au XVIIIe siècle, les Lumières méprisent les bohémiens considérés comme des vagabonds qui vivent des superstitions du peuple et qui volent. A cette époque et au XIXe siècle, le pouvoir politique durçit sa politique contre ces populations.

Mais dans la seconde moitiée du XIXe siècle, les artistes vont se rapprocher de ces bohémiens, en raison justement du rejet dont ils souffrent. Ils vont les prendre comme modèle, d'une part dans leur volonté de s'opposer à l'académisme, d'autre part parce qu'ils représentent leur soif de liberté. Ils vont peu à peu s'y identifier. On peut donner comme exemple Gustave Courbet qui représente "la bohémienne et ses enfants", marchant sur la route, vétus de haillons :

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Il se représente lui-même en bohémien dans "la rencontre ou bonjour, Monsieur Courbet !" à droite, accueilli par deux bourgeois, dont un de ses collectionneurs :

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(source de l'image : RMN)

 

Renoir représente sa compagne, Lise Tréhot, alors enceinte, en Bohémienne (jupe à rayures, cheveux lâchés, boucle d'oreille) dans "l'été -la bohémienne" :

ete-bohemienne-renoir.jpg

 

On retrouve également cette représentation de la Bohème en littérature, avec les "Bohémiens en voyage" de Baudelaire : 

La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s’est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.


Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson ;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L’empire familier des ténèbres futures.

De nombreux artistes vont alors vivre la "vie de Bohème" que Balzac décrit ainsi : "Ce mot de Bohème vous dit tout. La Bohème n'a rien et vit de ce qu'elle a. L'espérance est sa religion, la foi en soi-même est son code, la charité passe pour être son budget". Elle est popularisé par les "scènes de la vie de Bohème de Murger".

(l'exposition n'y fait pas référence, mais je vous remets la complainte de la butte parce que je l'ai eu dans la tête pendant toute la fin de l'expo ! :

)

Les artistes mettent en scène cette vie dans leurs tableaux, avec en particulier la représentation de leurs ateliers et des mansardes dans lesquelles ils vivent :

"Intérieur d'atelier" de Tassaert :

tassaert-interieur-d-atelier.jpg

Cette mansarde est à la fois l'atelier (chevalet, palette et pinceaux) et le lieu de vie de ce jeune artiste désargenté. 

 

"Rêverie" de Lenoir :

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Les reproductions ne rendent pas justice à ce tableau. L'onirisme qui se dégage quand on le voit est magique. 

 

Le caricaturiste Daumier représente également ces conditions de vie avec "le bois est cher et les arts ne vont pas" :

daumier-le-bois-est-cher-les-arts-ne-vont-pas.jpg

 

Une salle entière est consacrée à Rimbaud et Verlaine. On y retrouve bien sur "ma bohème" de Rimbaud, mais aussi le très beau poème "sensation" :

 

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature,  heureux comme avec une femme.

 

On trouve ensuite deux salles consacrées aux les cafés et aux lieux syboliques de Montmartre (moulin de la galette, ou le cabaret le chat noir) où ces artistes vivent, avec par exemple "l'absinthe" de Degas :

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(source de l'image : RMN)

 

On revient ensuite aux représentations de gitanes, avec en particulier mon tableau préféré de l'exposition, "la gitane (la curieuse)" de Van Dongen. Ce peintre est décidément une de mes découverte de cette automne, puisque j'avais déjà adoré un de ces tableaux lors de l'exposition  "le cercle de l'art moderne" au musée du Luxembourg

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L'exposition s'achève sur une salle consacrée aux portraits de tsiganes par le peintre allemand Otto Mueller. Ces oeuvres, dont fait partie "famille tsigane près d'un chariot" ont été exposées lors de l'exposition nazie sur "l'art dégénéré" et le commentaire rappelle que près de 500 000 tsiganes sont morts dans les camps d'extermination nazis. 

famille-gitane-mueller.jpg

 

Le grand palais a réalisé une superbe "visite à 360°" avec une conférencière, à découvrir ici. Et de nombreuses vidéos mettant en avant différents aspects de l'exposition ici

 

 

 

Même si on y trouve des tableaux absolument magnifiques, j'ai trouvé que l'exposition était surtout intéressante pour son aspect historique. Je connaissais très peu l'histoire des bohémiens et l'analyse de leur perception en France est passionnante. 

Mais il y a un gros décalage entre la communication autour de l'exposition, très centrée sur la fin du XIXe siècle et Montmartre et la réalité de l'exposition où ce sujet ne concerne que les dernières salles. A tel point que mon meilleur ami a été déçu par cette exposition, parce qu'il ne s'attendait vraiment pas à découvrir l'histoire des bohémiens du XVIe au XXe siècle. 

La mise en sène de l'exposition m'a aussi un peu agacée. Apparemment c'est la mode de vouloir "contextualiser" les tableaux avec décor et mise en situation en ce moment, j'avais déjà vu le pseudo défilé de mode et la fausse pelouse dans l'expo "l'impressionisme et la mode" à Orsay, là on a droit à la fausse tapisserie déchirée pour s'imaginer dans l'atelier d'un artiste désargenté... Bof! Et quelle idée de mettre un faux kiosque bien moche au milieur du superbe escalier du grand palais ! Et détail technique, les textes d'explication étaient trop petits et se détachaient parfois mal sur le fond, à tel point que j'ai du les lire à haute voix à mon meilleur ami qui avait oublié ses lunettes ! Par contre les fonds ocres et les l'ambiance musicale de la première partie de l'exposition m'ont plu. 

 

Je conclus sur ces mots de Flaubert, extraits d'une lettre à George Sand, qui semblent étrangement d'actualité : "je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. (...) Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre. C'est la haine qu'on porte au Bédouin, à l'hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton". 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 17:00

Visite au musée d'Orsay, pour voir l'exposition "l'impressionnisme et la mode". 

 

L'expo commence par une présentation du contexte : ouverture des grands magasins, gravures de modes et publication de nombreux journaux illustrés, présentation de différentes robes. J'avoue être passée assez vite, il y avait un monde fou, et avec un bébé en écharpe, pas évident de se pencher sur des vitrines ! Je me suis quand même pas mal arrêtée sur "dans la serre" d'Albert Bartholomé, présenté à côté de la robe que portait le modèle (il faut dire qu'avec du violet, des pois et des rayures, cette robe avait tout pour me plaire, même si j'ai plus de réserve sur le faux-cul!). 

Dans-la-serre-Bartholome.jpg

On trouvait ensuite une série de grands portraits, où l'accent était mis sur les tenues, comme dans "Madame Gaudibert" de Monet (ce n'est pas le modèle, qui détourne la tête, mais bien la robe qui est le centre du tableau) :

madame-gaudibert-Monet.jpg

 

On y trouve également "le balcon" de Manet, où il représente la peintre Berthe Morisot (sa future belle-soeur), à gauche. On remarque qu'elle est en vêtement d'intérieur, alors que l'autre femme est prête à sortir (elle porte des gants et une ombrelle). 

Balcon-Manet.jpg

 

La salle suivante est consacrée aux vêtements d'intérieur des femmes. Des déshabillés du matin aux robes plus habillées pour recevoir l'après-midi. On y découvre des anecdotes amusantes, par exemple que le peintre Tissot fournissait des robes à ses modèles, et qu'ainsi il a peint plusieurs tableaux où des femmes portent la même robe. Parmi mes coups de coeur dans cette salle, "Femme au piano" de Renoir :

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Du même peintre, "Madame Charpentier et ses enfants", sa robe élégante et les nombreux détails raffinés de son salon (à noter que l'enfant assis à côté d'elle sur le canapé est un petit garçon : à l'époque, ils étaient habillés en robe comme les filles et avec les cheveux longs les premières années) :

Madame-charpentier-Renoir.jpg

"Intérieur", de Berthe Morisot :

interieur-berthe-morisot.jpg

 

On accède ensuite à la salle consacrée aux sorties mondaines et aux vêtements qu'on y porte. On y trouve en particulier des tableaux peints dans des loges de l'opéra. On y trouve par exemple "une loge aux italiens" d'Eva Gonzalès. A l'époque, c'était les luxueux vêtements de la femme qui permettaient d'afficher sa réussite sociale. Elle s'installait donc sur le devant de la loge, pour pouvoir être admirée, alors que l'homme s'installait un peu en retrait :

GonzalesUneLoge.jpg

"Femme au collier de perle dans une loge" de Mary Cassatt :

femme-au-collier-de-perle-dans-une-loge-moary-cassatt.jpg

Parmi les sorties mondaines importantes, le bal. Voici "Danse à la ville" de Renoir :

Danse-a-la-ville-Renoir.gif

 

On passe ensuite à une partie consacrée à l'intimité. Où on découvre la complexité des "sous-vêtements" et où on se dit qu'on a bien de la chance de vivre au XXIe siècle et de pouvoir vivre et respirer librement. Jugez plutôt : "la silhouette de la femme est façonnée par deux accessoires caractéristiques : le corset qui étrangle la taille et la tournure qui soutient les retroussis des "polonaises" sur les hanches. Pour parer aux marques douloureuses de baleines sur la peau, la femme enfile d'abord une chemise sans manches sur laquelle elle agrafe par devant le busc de son corset fortement baleiné et tire sur les cordons de laçage du dos qu'elle noue par devant (...). Elle le couvre d'un cache-corset de lingerie; Sur les jambes, elle porte des bas tenus par des jarettières au genou, puis passe un pantalon de lingerie, une tournure en crin ou baleiné et enfin un jupon garni de lien de resserrage et de volants pour soutenir la jupe". La "Nana" de Manet fit scandale parce qu'il y représentait une courtisane et son client :

nana-manet.jpg

De même, dans "Rolla" de Gervex, ce qui a fait scandale, ce n'est pas la nudité de la femme, mais surtout les vêtements au pied du lit (ajoutés sur une idée de Degas), montrant que ce n'était pas un nu académique mais bien la représentation d'une femme venant de se déshabiller : 

Rolla-Gervex.jpg

 

On poursuit ensuite avec une salle consacrée aux accessoires. Et en particulier aux chapeaux, avec "la femme au chapeau noir : portrait d'Irma Brunner" de Manet :

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On poursuit ensuite avec une partie consacrée à la mode des hommes, et en particulier des artistes. J'ai beaucoup aimé ce portrait de "Pierre-Auguste de Renoir" par Frédéric Bazile (les deux peintres partageaient le même atelier et chacun a fait un portrait de l'autre) : 

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La dernière partie de l'exposition s'intitule "en plein air". On y trouve en particulier "femmes au jardin" de Monet :

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Le vêtement contemporain est au centre de ce tableau et apparait comme une garantie de la volonté de modernité du peintre. Le choix des postures permet de donner du dynamisme à la composition, mais aussi de mettre en valeur différents éléments du costume. 

 

Et mon tableau préféré de l'exposition : "la balançoire" de Renoir. Je trouve les reflets du soleil dans les branchages magiques !

Balançoire Renoir

 

Et pour finir, "Rue de Paris, temps de pluie" de Caillebotte, qui tranche franchement avec les tableaux champêtres présentés dans la salle :

Caillebotte-rue-de-paris-temps-de-pluie.jpg

Les tableaux et robes sont accompagnés de nombreuses citations, majoritairement extraites du "Bonheur des dames" de Zola et du "Peintre de la vie moderne" de Baudelaire.

 

Une expo que j'ai beaucoup aimée. Je n'étais pas enthousiaste dans les premières salles, mais plus on avance dans l'exposition plus j'ai trouvé ça intéressant. Je ne suis pas fan des paysages des impressionnistes, j'étais donc contente de ce thème qui permet de privilégier les portraits ou les scènes d'intérieur. 

Ma découverte et mon coup de coeur de l'exposition, c'est Renoir. Je connaissais ses tableaux les plus connus, comme Jeunes filles au piano ou le déjeuner des canotiers, mais j'avais surtout vu des reproductions, qui ne rendent pas forcément justice à on oeuvre. J'ai adoré les détails, comme le sofa de Madame Charpentier et ses enfants ou les reflets de la robe de la Femme au piano. Et été enchantée par La balançoire. 

Même s'il faut reconnaître que cette exposition se concentre sur la frange la plus riche de la population. Cela donne l'impression d'une société idyllique où tout n'est qu'aisance. C'est dommage qu'on ne voit pas apparaitre de personnes issues du peuple, afin de donner une image plus large de la mode de cette époque. 

J'ai également quelques réserves sur la scénographie. J'ai pas bien compris l'intérêt de la mise en scène d'un défilé de mode (avec rangées de chaises de part et d'autre des tableaux et noms d'un personnage de l'époque fixé au dos de chaque chaise).

expo-orsay.jpg

Mais au moins, ça fait des places assises (toujours trop rares dans une expo), même si elles ne sont pas vraiment face aux tableaux.

Je n'ai pas été convaincue non plus par la fausse herbe au sol dans la partie consacrée au "plein air" (le reste de la salle est par contre réussi) :

expo-orsay-2.jpg

Mais surtout, certains passages sont vraiment étroits, et certains tableaux sont dans l'axe des couloirs, ce qui fait que cela empêche toute circulation fluide dans l'expo. J'y suis allée un après-midi de semaine, et on avait déjà l'impression de ne pas pouvoir circuler, alors j'ose même pas imaginer un week end !

 

De nombreuses vidéos et explications sur l'exposition ici.

Informations pratiques : jusqu'au 20 janvier 2013.

Entrée : 12,50 euros (entrée pour les collections permanentes + l'expo).

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 12:00

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, au Havre, de riches négociants constituent des collections d’art. Certains de ces passionnés s’intéressent à la nouvelle génération de peintre et à l’avant-garde. Ils créent en 1906 « le Cercle de l’art moderne » avec les peintres havrais Braque, Dufy et Friesz et organisent des expositions. 

On découvre donc dans l'exposition du musée du Luxembourg des tableaux présentés lors de ces expositions mais aussi d'autres issues des collections des fondateurs du cercle (dont une grande partie est désormais la propriété du musée d'art moderne du Havre). 

On y trouve des oeuvres de Courbet, Monet, Pissaro, Dufy, Van Dongen, Modigliani, Vuillard...

 

Petit aperçu (entièrement subjectif, je mets ici les tableaux qui m'ont plu). 

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Madame Vuillard cousant devant la fenêtre d'Edourd Vuillard

 

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La anse des pilotes (port du Havre) de Camille Pissarro


 

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Le rayon de Félix Vallotton

 

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14 juillet au Havre de Raoul Dufy

 

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Fenêtre ouverte à Collioure de Matisse

 

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La femme blonde d'Albert Marquet

 

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Mon coup de coeur (qui est aussi l'affiche de l'exposition) : la parisienne de Montmartre de Kees van Dongen

Le parcours numérique de l'exposition est ici et la bande annonce de l'exposition est

 

 

C'était ma première sortie au musée avec le magicien. Il a fait sensation. Il faut dire que l'âge moyen d'une expo un après-midi de semaine doit être d'environ 70 ans et que les vieilles dames sont particulièrement fan des bébés et en profitent pour raconter leur vie ("j'ai une petite fille du même âge mais elle habite à tel endroit, je la vois pas souvent"...). J'ai même parlé anglais avec une touriste qui le trouvait "so cute" !

Il a eu son premier ticket d'entrée ("gratuit moins de 16 ans") qui sera conservé précieusement dans le petit carnet que je fais pour garder ses souvenirs. 

Il a décidé dans la 2e salle qu'il ne voulait plus être dans l'écharpe (en fait, il adore l'écharpe quand je marche, mais quand je suis immobile, il a tendance à râler), donc je l'ai pris dans mes bras, et à partir de ce moment là il a été adorable. Il regardait même certains tableaux. J'avais des courbatures dans les bras le lendemain, mais j'ai pu bien en profiter, donc j'étais ravie !

On recommence bientôt, y'a plein de super expos en ce moment à Paris!  

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  • : Le blog de Lila
  • : Bibliothécaire, maman du magicien (né en 2012) et de la puce (née en 2015), je parle de mes coups de coeur en littérature jeunesse, de ma vie, de mes ballades... J'ai un autre blog, http://filledalbum.wordpress.com où je réunis des ressources pour une littérature jeunesse antisexiste.
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