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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 18:48

La semaine de la rentrée, ma mère a reçu dans son bureau une mère d'élève. Elle est albanaise, sans papiers, et son mari a été arrêté pendant les vacances. Elle se retrouve à la rue, avec ses trois filles de 5 ans, 2 ans 1/2 et 3 mois. En plein mois de janvier. Ma maman a donc passé la journée au téléphone avec les services sociaux, sans trouver de solution. Elle a donc fini par les accueillir chez elle, le temps que le 115 leur trouve un hébergement d'urgence. Avec l'idée que leur dire non, c'était non assistance à personne en danger.

J'en ai parlé il y a quelques jours sur twitter, Et @Agia31 a réuni mes tweets ici, si vous voulez en savoir plus sur leur histoire.

Depuis, elles ont obtenu un hébergement d'urgence (jusqu'à fin mars). Ma mère à continué à les aider. L'école s'est mobilisée, plusieurs parents d'élèves participent au quotidien, offrent des vêtements, un café, accompagnent chez l'assistante sociale.

Et ce qui était d'abord une réponse à une urgence vitale s'est transformée en une vraie relation. Il y eu tous les gestes et les petits riens qui créent une amitié, et une relation presque familiale. Ma mère s'occupe de Dilé qui a l'âge de son fils comme de ses enfants et fait la mamie pour les petites. Et d'ailleurs, elle me disait "si c'était toi qui était seule dans un pays étranger avec tes enfants sans ressource, j'aimerais que quelqu'un soit là pour toi".

Récemment, j'ai passé une semaine à Lyon. Cette famille n'est plus pour moi qu'un exemple parmi d'autres des conséquences de la politique de immigration ou de l'insuffisance des réponses d'urgence face à la misère.

Dilé à le cœur sur la main. Elle tient absolument à nous donner une partie des colis que lui donnent les restos du cœur. Elle voulait absolument me donner des couches pour le magicien!

On l'a pris en photo, avec ses filles, pour l'envoyer à sa famille restée en Albanie et qui n'ont jamais vu la plus jeune des filles, née en France.

Mégi, c'est cette petite fille à qui j'ai lu chien bleu. Celle qui était tellement contente d'avoir un déguisement pour le carnaval, elle aussi. Le dernier jour, on allait rejoindre ma mère à l'école, mais le magicien a absolument voulu aller chercher Mégi dans sa classe! Et elle lui a offert la médaille et carton qu'elle avait fabriqué en classe. Le magicien était tellement fier de son beau collier!

Melissa, c'est une tornade sur pattes! Elle a l'âge du magicien et il faut les voir jouer ensemble! Le salon était sans dessus dessous, mais ils avaient le sourire jusqu'aux oreilles !

Denissa, c'est le bébé le plus calme que j'ai jamais vu! C'est cette petite fille qui s'est endormie dans mes bras pendant que sa mère s'était absentée.

Une pétition a été mise en place par RESF pour mettre fin à l'OQTF (obligation de quitter le territoire français) et faire obtenir des papiers à toute la famille, y compris au père qui a été expulsé le 19 janvier et que les filles n'ont pas vu depuis décembre.

Je compte sur vous pour la signer, c'est très important pour nous, et surtout pour ces 3 petites filles dont la vie, aussi précaire soit-elle actuellement, est en France.

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 15:58

Vous avez peut être déjà entendu parler de la campagne contre les touchers vaginaux sous anesthésie générale. Si ce n'est pas le cas, en voilà un bref résumé : un document de l'université Lyon I indique que les touchers vaginaux peuvent être appris "au bloc sur patiente endormie". Aux questions légitimes concernant le consentement de la patiente, ou plutôt son absence, on a répondu que ça n'avait jamais existé. Pourtant les témoignages existent et le mépris de certains médecins fait froid dans le dos. Et la doyenne de l'université Lyon I a commencé par dire "On pourrait effectivement demander à chaque personne l’accord pour avoir un toucher vaginal de plus mais j’ai peur qu’à ce moment-là, les patientes refusent."

Clara de Bort, directrice d'hôpital, Marie-Hélène Lahaye, du blog Marie accouche là et Mme Déjantée, présidente des vendredis intellos, ont alors décidé de rédiger une tribune afin d'interpeler la ministre de la santé sur ce sujet. Vous pouvez trouver un résumé de cette histoire et des différentes réactions sur le site des vendredis intellos en deux parties, ici et , ainsi que la chronologie des différentes actions par Clara de Bort ici et . Vous ouvez également signer cette pétition qui reprend le texte de la tribune et qui est adressée à Marisol Touraine, ministre de la santé, et Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

La réaction qui m'a le plus agacé, de la part de certains médecins, c'est "si on arrête, on ne pourra plus se former correctement". Je pense que l'immense majorité des femmes est d'accord pour participer à la formation des médecins de demain A CONDITION QU'ON LEUR DEMANDE !! Personnellement, le jour de mon accouchement, j'ai accepté sans souci que les touchers vaginaux soient faits en double, par une étudiante puis par la sage femme. Quant à celles qui refuseraient, c'est leur droit !!

Au delà du seul cas du toucher vaginal (ou rectal) sans consentement sous anesthésie générale, on peut se poser beaucoup plus largement la question du consentement en médecine. Ma première réaction, quand je m'interroge sur la question, c'est de me dire que j'ai eu de la chance. Ma première gynéco a pris le temps de m'expliquer (sans le pratiquer les premières fois) ce qu'était un examen, un frottis, le fonctionnement de la pillule (bon, elle refusait quand même de poser un stérilet à une nullipare...)... J'ai été suivie, lors de ma première grossesse, par une équipe super, et je refais ici l'éloge de la maternité des Lilas (toujours menacée de fermeture...). J'y ai refait un petit séjour il y a quelques jours (rien de grave) et j'ai à nouveau pu apprécier l'équipe de la maternité, et le respect pour les patientes. Un simple exemple : les gens qui frappent au porte avant d'entrer et le refus qu'une nouvelle personne entre pendant un examen. Et un protocole qui prend en compte le ressenti de la patiente et pas seulement les relevés du monitoring.

Mais je me suis rendue compte peu à peu que ce que je considérais comme des évidences n'en sont pas. Que pour avoir droit à la même chose, certaines de mes proches ont du se battre. Des anecdotes, j'en ai malheureusement beaucoup trop. Ma belle soeur qui dit qu'elle envisage d'accoucher sur le côté et la gynéco qui lui répond "n'importe quoi, c'est un délire de sage-femme, pourquoi pas sans péridurale tant que vous y êtes ?". Une copine de blog qui refuse un examen mais que le médecin décide de lui faire quand même parce que de toute façon elle est anesthésiée elle ne peut pas bouger. Ma tante qui doit se battre pour mettre ses filles au monde par voie basse parce que "avec des jumelles, une césarienne c'est mieux". Ou le témoignage d'une sage femme, dans une clinique privée, qui doit impérativement appeler l'obstétricien pour l'accouchement, et l'obstétricien qui utilise automatiquement les forceps, même quand c'est inutile. Les anecdotes rapportées sur twitter avec #PayeTonUtérus font également souvent froid dans le dos.

Pour toutes ces femmes, Anne-Charlotte Husson, du blog Genre!, et les trois initiatrice de la tribune citée plus haut ont créé le tumblr "je n'ai pas consenti" et le hashtag correspondant sur twitter. Parce que je ne devrais pas considérer que j'ai eu de la chance. Parce que le consentement de chaque femme doit être pris en compte.

Et un consentement qui doit être éclairé, c'est-à-dire précédé d'une information complète. Quand la seule information que donne l'anesthésiste sur la péridurale c'est "la péridurale, c'est bien, ça ne sert à rien d'avoir mal et elle facilite l'accouchement", puis "c'est mieux pour la mère et pour le bébé", peut-on parler de consentement éclairé? Quand un pédiatre, en fin de rdv, me dit "j'ai fait l'ordonnance pour le BCG qu'on fera la prochaine fois" sans aucune explication, peut-on parler de consentement élcairé ? J'ai la chance d'avoir pu bénéficier par ailleurs des informations nécessaires pour que je puisse prendre ma décision, mais le médecin n'a pas joué son rôle à ce moment là.

Autre aspect des choses que j'avais envie d'aborder ici. Je suis entourée de médecins et de personnel soignant, que j'ai cotoyé aussi pendant leurs études. Mon mari est infirmier. Il travaille depuis quelques années au bloc opératoire. Je ne veux pas diaboliser la réalité, la plupart des médecins et du reste du personnel sont respectueux, mais les excès arrivent, et ne sont pas isolés. Pas de gestes invasifs comme des touchers vaginaux, mais des plaisanteries de mauvais gout sur des patients, un chirurgien qui opère alors que c'est un autre chirurgien qui est censé le faire, l'ensemble d'une équipe qui défile pour venir voir le sexe opéré d'une transexuelle, voire des erreurs médicales cachées aux patients, il en a été témoin. Et une fois dans "l'ambiance" du bloc, il est parfois difficile de prendre suffisamment de recul pour se rendre compte que non, ce n'est pas acceptable. Il souligne également qu'il y a souvent entre médecins une "solidarité déplacée" qui les poussent à ne pas dénoncer les erreurs ou problèmes éthiques de leurs collègues. C'est pour ça qu'à mes yeux il est fondamental que des patients, des non médecins s'intéressent à ce qui se passe dans les hopitaux et aient leur mot à dire. Pour aider le personnel soignant à prendre du recul. En respectant le travail des médecins, et en prenant en compte que ce sont malheureusement parfois leurs conditions de travail qui les poussent à des actes problématiques. (c'est moins le cas au bloc, j'ai l'impression, mais dans les services, les actes sont parfois faits à la chaine, sans les explications et le respect nécessaire, par manque de temps).

Voilà ce que j'avais à en dire mais vous pouvez également trouver sur différents blogs des témoignages de soignants sur l'apprentissage du toucher vaginal ou rectal ou sur le consentement, que ce soit une sage femme, une externe, un autre externe, ainsi que les réactions d'autres blogueuses comme A contrario, la mite orange, une jeune idiote, Sandrine Donzel, etc.

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 12:00

J'ai écrit un article il y a peu sur la difficulté d'être mère et de le dire (je mets mère parce que je parle de moi, mais je pense qu'on peut dire parent ici). J'ai envie de le compléter un peu aujourd'hui.

Dire, sur internet, qu'un aspect quelconque de la parentalité nous gonfle, c'est s'exposer à des réactions qui peuvent être violentes.

Mère bordel en parle ici. Un petit extrait :

Exprimer le moindre ras le bol quant à sa progéniture, c'est être une mère indigne, incapable, insuffisante.

A croire que le droit à l'imperfection s'envole avec le bouchon muqueux.

 

Un article publié il y a quelques temps sur rue89, ou plutôt les commentaires de cet article,  m'y a fait penser. Il s'intitule "Tu me lis une histoire ? : l'art d'arnaquer ses gosses". L'article présente, plutôt au second degré, différentes techniques de parents pour raccourcir l'histoire du soir. Personnellement, il m'a souvent fait sourire !

 

Parmi les 145 réactions à l'article, on trouve : 

- vous devriez plutôt vous réjouir : "je trouve triste de transformer en corvée de si beaux et bons moments !" 

- il faut assumer : "comme dit au dessus, si on fait des enfants, il faut assumer"

- vous n'avez pas le droit de vous plaindre : "Ne vous plaignez pas de ce que vous considérez comme une corvée, ce sont vraiment de beaux moments"

- vous devriez avoir honte : "Pathétique : Arnaquer ses enfants sur une histoire ! ! 
Et le pire, c’est de s’en vanter, et d’en tirer gloriole, alors que c’est la honte qui devrait vous rougir le front !"

- vous êtes des méchants menteurs : "Et voila des le plus jeune âge on commence à se faire fourber ! et part ceux en qui on a le plus confiance bande de parents indignes ! Bande de menteurs !"

- vous êtes des parisiens (sic) : "C’est vrai que s’occuper de son gosse, partager un moment intime avec lui, lui faire plaisir, l’aider à dormir, l’instruire et lui donner le goût de la lecture c’est vraiment l’enfer. Les parisiens me désolent. Je suis chez vous en ce moment et je comprends mieux pourquoi les gosses que je croisent dans la rue ont l’air aussi déprimés, et les parents avec, tout ce qui touche à la vie véritable vous répugne."

- vous êtes des pervers narcissiques : "Sinon, connaissant bien les pervers narcissiques je peux vous garantir que le fou furieux qui a écrit ce truc en est vraiment pas loin, je sais pas où vous recrutez à rue89 mais ça pue grave..."

- "il y a des parents qui..." (qui se transforme souvent en MOI JE) : "« C’est l’horreur d’être parents » semble être le nouveau credo de la presse ces temps ci. Il y a aussi des parents qui aiment lire des histoires et pour qui s’occuper de leurs enfants n’est pas une corvée."

 

Et surtout le fameux : vous n'étiez pas obligé/vous n'auriez pas du faire des enfants :

"personne n’a obligé ces parents à faire des enfants..." 

"Si on ne veut pas passer du temps avec ses enfants : on n’en fait pas. Tout simplement.
Il est aujourd’hui très simple, très facile, et gratuit (pilule 1G et 2G) de ne pas avoir d’enfants. Et hors cas exceptionnels, les méthodes de contraceptions fonctionnent très bien. Si on en veut, on en fait, et on ne se plaint pas après."

"Fallait pas faire de gosses si t’en voulais pas. Pitoyable."

"on se demande si certains n’auraient pas mieux fait de s’abstenir (mais il est vrai qu’à notre époque, on fait un enfant comme on achète un iphone)"

 

 

Voilà. Les réactions quelques témoignages de parents qui disent que ça les gonfle parfois de lire une histoire longue à leur enfant le soir, qu'ils préfèreraient s'avachir sur le canapé tranquilles, et que des fois, ils sautent des pages. 

Non seulement il FAUT trouver cette activité épanouissante, mais en plus il faut trouver cette activité épanouissante TOUS LES JOURS, TOUT LE TEMPS. Même exprimer de la fatigue ou de la lassitude, y compris sur le ton de la plaisanterie, peut suffir à faire de vous un parent indigne. 

Je sais qu'internet a tendance à exacerber ce genre de réaction, mais quand même, je m'interroge. Les gens qui disent ça ont-il des gosses ? Si oui, est-ce qu'ils se considèrent vraiment comme des parents parfaits ? Et puis ça existe, les parents qui sont TOUJOURS ravi de relire pour la 8e fois de suite dans la soirée le même album ? Parce que c'est pas mon cas. 

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 12:00

« Une maman se doit d’être parfaite. Et éprouver lassitude, épuisement, colère, indifférence, lui donne vite le sentiment d’être une mère indigne. C’est encore plus vrai pour celles qui ne travaillent pas, culpabilisées déjà par leur statut de mère au foyer, et supposées s’occuper de leurs chers petits dans une continuelle félicité. »

Françoise Lelord

 

 

J'ai déjà crié sur mon fils.

J'ai déjà fait semblant de ne pas entendre qu'il était réveillé pour avoir 5 minutes de plus juste pour moi.

Je me suis déjà franchement ennuyée en reconstruisant sa pyramide de cube pour la 25e fois.

Je lui ai déjà arraché un truc des mains parce que j'en avais marre de lui répéter qu'il n'avait pas le droit d'y toucher. 

J'ai déjà été soulagée le mercredi soir en me disant que le lendemain, je reprenais le boulot.

Je lui ai déjà dit qu'il me faisait chier.

J'ai déjà claqué la porte de sa chambre en lui disant que je ne voulais plus le voir.

J'ai déjà eu envie de lui mettre une fessée, une tape sur la main. J'ai même déjà eu des bouffées de violence qui m'ont fait peur.

J'ai déjà eu envie, pendant une seconde ou une heure, de retrouver ma vie d'avant, de pouvoir aller au ciné ou de sortir sans réfléchir ni organiser.

J'ai déjà fini la journée en larmes parce que j'en avais marre de m'occuper de lui. Tellement marre que je n'arrivais plus à voir à quel point il est extraordinaire.

J'ai déjà eu l'impression de sacrifier ma liberté, voire ma vie, pour lui.

J'ai déjà eu l'impression que maintenant qu'il était là, j'étais coincée.

J'ai déjà eu envie de le jeter par la fenêtre, de le secouer.

Et à chaque fois, je m'en suis voulue.

 

Il y a quelques temps, je discutais avec une connaissance et je lui disais que j'avais été profondément heureuse de reprendre le boulot après mon congé mat' parce que j'en avais marre de passer toutes mes journées à ne faire que m'occuper du magicien. Et elle m'a regardé en me disant "c'est rare qu'on le dise". Et finalement, même si j'essaye d'être franche concernant mon rapport à la maternité, j'ai tendance comme beaucoup de personnes à répondre "oui très bien" quand on me demande "ça va ?". J'ai tendance à peindre la maternité en rose. A ne pas parler de tout cela. Même sur ce blog, je parle beaucoup plus souvent des petits bonheurs avec mon fils que des difficultés, de ce qui grince, de ce qui fait mal.

Pourquoi ?

Parce que ça ne se dit pas. Parce qu'être mère "c'est que du bonheur" et qu'il faut au moins présenter cette façade. Parce que quand on n'est pas dans cette situation au quotidien, le jugement est facile, et que je ne suis pas prête à l'affronter.

Parce que je préfère parler de ce qui est beau, de ce qui va bien.

Parce que je culpabilise profondément de tout ça. Que pour certaines pensées, certains actes, je m'en veux et j'en souffre encore plusieurs semaines plus tard. Et que les mettre en mots est difficile. Comme cette fois où j'ai crié sur ce bébé d'un mois 1/2 dans son transat. Que je l'ai fait pleurer. Et que j'ai pleuré aussi, de tristesse et d'impuissance. Ce sont des choses beaucoup plus difficiles à dire que les choses joyeuses.

Parce que je suis privilégiée sur bien des points (père impliqué, bébé très cool) et donc que je m'interdis de me plaindre. 

 

J'envie Paul. Qui passe par ces phases là, ou en tout cas certaines d'entre elles, mais qui a conscience que ça arrive à tout le monde de craquer, que ça fait finalement partie de la vie de parent, et que ça ne vaut pas le coup de s'en vouloir pendant des semaines. Que ça ne remet pas en cause ce qu'on donne à notre fils chaque jour. Même si je sais qu'il a raison, je n'en suis pas capable.

 

Je n'aime pas la différence que l'on fait souvent entre parents violents et parents non violents. Surtout quand c'est d'un point de vue extérieur. Je me souviens d'une mère et de sa fille de 3-4 ans à la bibliothèque. Après une fessée, la fille était punie sur une chaise, en larmes, et la mère lui refusait le bisou qu'elle demandait. Oui, j'ai trouvé cette scène violente, mais en même temps je n'étais pas dans la tête de la mère et je ne sais pas ce qui faisait qu'elle en était arrivée là. C'est souvent difficile de ne pas juger.

Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais eu véritablement de difficulté à ne pas mettre de fessée à mon fils. Mais je me garderais bien de dire que jamais je ne lui mettrai une fessée ou une tape sur la main. Parce que je sais que ça m'arrivera à nouveau de me sentir démunie et que peut être, malheureusement, que je ne verrai pas d'autre solution pour sortir d'une situation de crise. Est-ce que ce sera plus grave, plus violent que des cris ?

Je me dis aussi que j'élève mon fils dans des conditions proches de l'idéal. Nous avons choisi de l'avoir (même s'il n'était pas prévu), j'ai trouvé un équilibre entre m'occuper de lui et poursuivre mon travail que j'adore, son père s'occupe de lui autant que moi. Et puis, surtout, le magicien est un bébé facile, souriant, bon dormeur, bon mangeur, en bonne santé... Qu'en serait-il si le magicien était un bébé plus difficile ? Si j'étais seule pour m'occuper de lui ? Si je n'avais pas croisé, pendant ma grossesse et depuis, des gens (dans la "vraie vie" comme sur internet) qui m'ont permis de réfléchir à quelle mère je voulais être ? Comment jeter la pierre à des parents qui craquent, quelque soit la gravité des actes qu'ils commettent ? J'ai à ce sujet beaucoup aimé l'article de Sandrine S Comm C sur les vendredis intellos une mère digne de ce nom ne ferait jamais ça

D'ailleurs, le blog des vendredis intellos, aborde régulièrement la question de la violence éducative, en donnant des pistes pour gérer autrement mais aussi en reconnaissant qu'on est humain, que c'est bien joli sur le papier mais que parfois on craque et qu'on n'y arrive pas. C'est pour ça que je préfère de loin ce type de blog aux livres d'éducations (le seul que j'ai lu étant Au coeur des émotions de l'enfant de Filliozat, et autant j'y ai trouvé des pistes intéressantes, autant j'ai vraiment vécu l'introduction comme "si vous ne suivez pas ma méthode, votre enfant finira malheureux/drogué/délinquant"). 

 

Je sais que cet article est fourre-tout, part dans tous les sens. Mais c'est justement parce que dans ma tête tout cela est bien embrouillé et que je ne sais pas toujours par quel bout prendre les choses. Il me paraissait cependant important de les dire. 

Au quotidien, je dois apprendre à être aussi tolérante avec moi même, aussi prête à me pardonner une erreur que je suis prête à pardonner aux autres. Je regarde mon fils et je me dis que malgré mes erreurs, il va bien. Il a même l'air d'être vraiment heureux. C'est que je dois m'en sortir pas trop mal. 

 

PS : pour des gentilles lectrices qui s'inquiéteraient du ton sombre de ce billet : je vais bien en ce moment. Vraiment. C'est justement parce que je vais bien que je suis capable d'écrire tout ça et d'assumer que parfois, je vais mal et que parfois, c'est dur.

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 10:00

On parle souvent, sur le blog des vendredis intellos d'accouchement physiologique, d'alternatives à la péridurale, de préparation à la grossesse ou d'accompagnement des futures et nouvelles mères. 

Alors aujourd'hui, j'ai eu envie de faire un article un peu particulier où il sera question d'engagement plus que de réflexion. En effet, certains lieux, certaines maternités se sont engagées depuis longtemps dans cette bataille et sont devenues des lieux emblématiques de la lutte pour les droits des femmes. C'est le cas de la maternité des Lilas, qui affirme, dès la page d'accueil de son site internet

La maternité des Lilas s'inscrit dans le courant de la préparation à la naissance et du respect de la physiologie de l'accouchement

Cette bataille pour les droits des femmes ne se centre pas seulement sur l'accouchement, mais avant tout sur le libre choix des femmes, puisque la maternité des Lilas a aussi un centre très important de planning familial et 1200 IVG y sont pratiqués chaque année.

Toujours sur leur site internet :

La Maternité des Lilas est un lieu militant. Elle a participé à toutes les luttes pour le droit des femmes à disposer de leur corps, à décider de poursuivre ou non une grossesse. Ces luttes ont abouti au vote en 1975 de la loi Veil.

Forte de cette histoire, le centre d’orthogénie et de planification est un lieu d'accueil et d'écoute pour les femmes, les hommes, les couples, les adolescents confrontés à des problèmes liés à la sexualité et à leur responsabilité d'adultes.Pour toutes ces questions, vous pouvez vous adresser au Planning Familialoù vous pourrez prendre rendez-vous avec un médecin, une sage-femme, une psychologue ou la conseillère conjugale.
Aujourd’hui, nous sommes un centre référent pour la prise en charge des Interruptions Volontaires de Grossesse (IVG) jusqu’à 14 semaines.

J'ai moi-même accouché aux Lilas.

Contrairement à de nombreuses femmes qui choisissent d'accoucher aux Lilas pour pouvoir vivre un accouchement physiologique, j'ai choisi cette maternité un peu par hasard, essentiellement parce qu'elle n'était pas loin de chez moi et qu'on pouvait y faire le suivi. J'aimais l'idée d'une maternité engagée dans les droits des femmes, et pour le droit de choisir, mais je n'en savais pas beaucoup plus. C'est pendant la grossesse et parfois après que je me suis rendue compte qu'ailleurs, des femmes se battaient pour des choses qui m'ont semblées, grace au suivi dans cette maternité, évidentes et naturelles (pas de touchers vaginaux systématique et une limitation des examens médicaux par exemple). L'accouchement et le séjour à la maternité m'ont conforté dans l'idée que j'avais vécu un accompagnement de luxe (même si tout n'a pas été parfait, bien sûr). Que mes choix avaient été respectés, dans la mesure où mon accouchement le permettait. Je suis persuadée que si la sage-femme a réussi à me rassurer aussi bien et à me reconcentrer aussi rapidement sur mon accouchement après une montée de panique au moment où j'ai appris que j'allais accoucher sans péridurale, c'est parce que justement elle avait l'habitude d'accompagner des femmes dans ce cas, et qu'elle était prête à me donner toute l'attention et la présence dont j'avais besoin, alors même que le service était surchargé. 

Au moment où j'ai accouché, un projet de reconstruction d'une nouvelle maternité avec la même équipe et les mêmes principes, venait d'être validé après deux ans de lutte. Et je me disais qu'alors, ce serait parfait. Que le confort gagné dans les chambres ne serait pas du luxe et que les locaux seraient mieux adaptés. 

 

 

Mais voilà que depuis quelques mois, tout est remis en cause. L'ARS a découvert un "déficit structurel" et a bloqué le projet de reconstruction, avant de proposer des locaux (vétustes et peu adaptés) à Montreuil. 

Voilà l'histoire par Marie-Laure Bridal, médecin et présidente du Collectif maternité des Lilas :

 

La reconstruction de la maternité a été actée, dès février  2009, par Roselyne Bachelot. Les travaux devaient commencer fin 2010 sur un autre site aux Lilas.

En avril  2010, Claude Évin est nommé président de l’ARS-IDF. L’ensemble de nos interlocuteurs change. Commence alors pour la maternité des Lilas une lente descente aux enfers. Le 26 janvier 2011, Claude Évin suspend le projet. Le personnel et les usagers se constituent en collectif de défense. Un bras de fer avec l’ARS commence. (...)
La voie est alors enfin ouverte au déblocage de la situation, ce qui est fait officiellement dans une lettre que Claude Évin remet au maire des Lilas le 27 janvier 2012.

Le 8 mars 2012, François Hollande, bientôt président de la République, nous fait l’honneur de sa visite à l’occasion de la Journée des femmes et nous assure de son soutien, s’engageant même à venir à l’inauguration de la nouvelle maternité. Le 17 janvier 2013, à l’occasion de l’anniversaire de la loi Veil, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, et la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem sont venues, accompagnées, entre autres, de Claude Évin et Claude Bartolone, signifier leur soutien et saluer notre engagement sur la question de l’IVG. Nous avons tous cru en la parole donnée et aux engagements signés. Mais au fil des mois, la fameuse « première pierre » n’est toujours pas posée et nos finances se dégradent.

Claude Évin dans un courrier en date du 3 juin 2013, adressé à notre conseil d’administration, annonce brutalement que le projet est définitivement abandonné : notre déficit structurel est trop important pour envisager sereinement le projet en l’état. L’ARS semble oublier que le retard pris chaque année à sa réalisation nous a un peu plus enfoncés dans la crise budgétaire avec des coûts de plus en plus importants et que, depuis 2007, ce projet est passé entre toutes les mains les plus expertes de ce pays ! Une solution alternative nous est proposée : investir les locaux désaffectés de l’hôpital de Montreuil. Dix ans de réflexion, six ans de travail, 1,4 million d’euros d’argent public investi pour rien. Deux années de mobilisation, une victoire, puis un an d’attente, un personnel en souffrance, pour arriver à une proposition indigne qui compromet l’existence même de la maternité des Lilas. C’est maintenant une question de choix et de courage politique !

Le collectif Maternité des Lilas reprend sa lutte. Une vidéo est tournée : 

De faux accouchements sont mis en scène devant le ministère de la santé. Les sages-femmes décident de poser nues pour faire parler de leur cause (autant dire que je trouve dommage d'être obligées d'en arriver là, mais il faut bien reconnaître que c'est efficace, les articles de presse se sont multipliées ces derniers jours, comme dit une des sages-femmes : "Il faut qu'on montre nos nibards pour que les médias accourent"). 

 

Un rendez-vous avec l'ARS va avoir lieu dans les jours qui viennent. L'équipe de la maternité compte sur une forte mobilisation afin de faire pression sur l'ARS. Une pétition a été mise en ligne (qui a déjà réuni, au moment où j'écris cet article, 22685 signatures) et une manifestation est prévue le 21 septembre 2013 à 11h devant la mairie des Lilas. Je ne peux que vous encourager à signer cette pétition et à en parler autour de vous. 

 

Plus largement, à mes yeux, le déficit financier de la maternité des Lilas, ou d'autres maternité ayant les mêmes principes comme les Bluets, elle-aussi en danger, est une bonne occasion de s'interroger sur la T2A, ou tarification à l'activité, qui permet à une maternité très interventionniste au niveau de l'accouchement d'être plus rentable qu'une maternité qui limite les actes médicaux.  Explication (qui vient d'ici) : 

Pourquoi les médecins succombent-ils à la tentation de la planification des naissances et de l’optimisation financière ? La réponse tient en trois caractères : T2A, pour “tarification à l’activité”. C’est le mode de financement actuel des hôpitaux, qui instaure un cadre unique de facturation et de paiement des activités hospitalières. Plus simplement, avant la réforme hospitalière de 2007, chaque service d’hôpital recevait une enveloppe financière globale pour l’année. Depuis, les hôpitaux – publics comme privés – reçoivent, pour chaque acte hospitalier accompli, un paiement. Son montant est fixé par l’Assurance maladie. Or, il s’avère que certains actes sont mieux remboursés et donc plus rentables que d’autres. Ainsi, en obstétrique, une césarienne sans complication sera remboursée 3 064,12 euros à l’hôpital tandis qu’un accouchement par voie basse le sera à hauteur de 2 222,95 euros (tarifs 2006). Dans le cas de complications majeures, une césarienne sera remboursée 5 033,12 euros, un accouchement par voie basse 3 438,11 euros.

Au delà de la césarienne, on peut également parler de la péridurale, de l'épisiotomie, des échographies, etc. Attention, je ne remets pas en cause la nécessité d'actes qui peuvent parfois s'avérer vitaux pour l'enfant comme pour la mère, mais il est bien dommage que notre société se concentre uniquement sur la technique et que l'accompagnement, la présence des sages-femmes ne soit tout simplement pas prise en compte (et je pense que ça ne s'applique pas seulement à la maternité mais également à l'ensemble du domaine médical).

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 16:00

Je me suis mariée en juillet. J'ai décidé de garder mon nom. 

Pour moi, c'était une évidence. Je peux pretexter de grands principes féministes, mais c'était plutôt un attachement viscéral. Pour moi, mon identité, c'est Lila V. Et je ne vois pas en quoi me marier y changerait quelque chose. 

(Enfin, l'aspect "féministe" n'est pas totalement absent non plus : j'avoue que je ne comprends pas pourquoi la femme changerait de nom pour prendre celui de son époux. Si le mariage devait vraiment entrainer un changement d'identité, il me paraîtrait évident que les deux époux utilisent les deux noms réunis).

Et puis, à mes yeux, mon mariage relève de ma vie privée. Et changer de nom, c'est crier à la terre entière "je vous raconte ma vie, je me suis mariée cet été !" (et pour peu qu'il y ait divorce quelques années plus tard, on annonce à nouveau : "au fait, je change à nouveau de nom, je divorce"). Déjà, le passage du Mademoiselle à Madame annonce socialement ce changement de statut, et ça m'agace. Le "Madame ou Mademoiselle ?" me semble particulièrement déplacé. Quand vous adressez la parole à un homme pour la première fois, vous lui demandez s'il est marié vous ? C'est pour ça que je suis favorable à la campagne d'Osez le féminisme sur la question.

 

Bref.  

Ne pas changer de nom m'a permis, concrètement, d'avoir très peu de démarche à faire auprès des administrations. Mais j'ai fait l'erreur fatale d'annoncer notre mariage à la banque.

En effet, peu après le mariage, nous avons ouvert un compte commun, et nous avons donc dit que nous étions mariés. J'ai bien entendu précisé que je gardais mon nom de famille. Je l'ai même précisé trois fois.

Bien sûr, notre compte commun a quand même été ouvert au nom de M. et Mme M. Ca, je m'y attendais.

Mais même l'intitulé de mon compte perso a été changé et est devenu Mme Lila M. Et ça, franchement, ça m'a gonflé. Surtout quand j'ai reçu une lettre recommandée au nom de Mme M. Super pratique, surtout que sur mes papiers d'identité, je suis toujours Lila V. 

Et quand je suis allée les voir pour leur demander de reprendre mon nom de naissance, il a bien sûr fallu que je me justifie : je veux pouvoir aller chercher mes recommandés sans me promener avec mon livret de famille, encaisser des chèques à l'ordre de Lila V. sur le compte de Lila M. ça va finir par poser problème, avoir un RIB avec Lila M. alors que j'utilise partout Lila V. ça va poser problème aussi. Et là je m'en veux d'être rentré dans le jeu de cette justification. Garder mon nom, c'est un droit que j'ai. Je n'ai aucune raison de devoir me justifier bordel

Le comble a été atteint quand la personne au guichet m'a dit "mais vous ne pouvez pas changer de nom ? Ca serait plus pratique". Bah non, figure toi que je ne vais pas choisir mon nom de famille en fonction de ce qui arrange le guichetier de la banque. 

Donc là, il faut que j'adresse un courrier avec un extrait de naissance à la banque. Alors que le compte était au nom de Lila V. jusqu'à il y a 4 mois sans que ça pose le moindre problème.

 

Alors je sais, il y a plus grave. C'est une simple anecdote, pas hyper intéressante en plus, un simple point de détail. Je pourrais très bien vivre en restant Mme Lila M. pour ma banque, ça ne changerait pas ma vie. Mais à mes yeux, c'est assez représentatif du manque d'ouverture de la société, dès qu'on s'éloigne du système (phallocrate) habituel. C'est pour ça qu'il est important de ne pas laisser courir. Et de ne pas céder sur des combats qui peuvent pourtant sembler dérisoire (choisir librement le nom que l'on porte, supprimer la case Mademoiselle sur les formulaires officiels).

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Published by Lila - dans Lila grogne
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