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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 15:30

Est-ce que vous avez vu ce reportage hier soir sur France 3 ? Si non, regardez le vite en replay, et venez me dire ce que vous en pensez, moi je l'ai trouvé passionnant. 

 

Voilà la bande-annonce :

Ce documentaire s'appuie sur les travaux de Christophe Guilly, auteur de Les Fractures françaises qui explique les effets de la mondialisation sur les couches populaires.


Le point de départ : les chercheurs ont élaboré une carte de France à partir de plusieurs données : les revenus, le taux de chomâge, la part des emplois précaires, la part des ouvriers et des employés. Et ont dressé la carte des "fragilités sociales". Aux vingt-cinq métropoles de plus de 370 000 habitants, dynamiques s’opposent des trous périphériques.

Le postulat c'est que les métropoles, les grandes villes françaises (Ile-de-France, Lyon, Lille, Toulouse, Nantes, etc), où les choses bougent, tirent profit de la mondialisation et représentent 80% du PIB, mais que tout autour, il n'y a "rien" (mot qui revient souvent dans la bouche des interviewés : pas de travail, pas de "vie", la précarité). Or, 60% de la population vit dans ces zones.

De nombreux sujets sont abordés :
- pour ce qui est des métropoles (avec les exemples de Paris et de Montpellier et de son littoral) : les classes populaires sont chassés des grandes villes qui se gentrifient. Les classes populaires sont soit contraintes de s'éloigner (exemple de Montpellier, avec les problèmes que ça engendre, en particulier la forte dépendance à la voiture) soit sont parquées dans des quartiers de périphérie, avec l'exemple de la Seine-Saint-Denis. Pour cette dernière, les auteurs refusent de parler de ghetto, car contrairement aux idées reçues, les gens bougent : 1/3 du parc immobilier change de mains tous les 4 ans, mais ceux qui y arrivent sont encore plus pauvres et plus précaires. Et ceux qui ont réussi à partir le payent souvent au prix fort (éloignement de la capitale, endettement, forte charge de travail).
- pour les jeunes des zones périphériques, souvent, la seule possibilité est de partir. Mais seuls ceux qui sont privilégiés le peuvent.
- une analyse de la forte abstention et de la montée du FN dans ces zones : «La grande nouveauté, c’est une progression du Front national chez les employés, chez les femmes, et sur les territoires de l’Ouest et du Sud-Ouest, analyse Guilluy. C’est comme un nouveau vote de classe.»
- même dans des départements qui semblent épargnés, par exemple la Mayenne où le taux de chômage est seulement de 6%, où les gens sont souvent propriétaires, la précarité est présente. "Aujourd'hui, pour 12 à 15 millions de personnes, les fins de mois se jouent de 50 à 150 euros près". Or ces précaires ne peuvent pas bouger, aller vers les régions qui bougent. "L'idée qu'on peut bouger de sa maison pour trouver un emploi quand on est propriétaire précaire est absurde puisque c'est tout ce qui leur reste, un toit".
- la disparition de l'industrie, avec les témoignages de trois anciens ouvriers de Meurthe-et-Moselle, témoins impuissants de la fermeture des hauts fourneaux de Florange en particulier et de la désindustrialisation en général. QUi pointent le fait que c'est encore plus difficile pour les ouvriers actuellement que cela ne l'était pour eux : "Nous, on avait notre travail, déclare l'un d'eux, là aujourd'hui, ils se battent parce qu'ils n'ont plus de travail."

Pour finir sur une note un peu positive, quand même (oui, ce documentaire est très intéressant, mais aussi un peu plombant) : pour sortir de cette situation, il faut encourager le développement de l'économie sociale et solidaire et renforcer les liens entre les territoires. Ainsi, une paysanne explique comment le système de l'AMAP a sauvé son exploitation.

Voilà pour en avoir une idée rapide, mais l'intérêt du documentaire est de donner à ces chiffres, ces constats, des visages, de parler d'individus en difficulté. Alors ne vous arrêtez pas à ce résumé, et si vous ne l'avez pas encore vu, regardez-le ! (et puis venez m'en parler, en commentaire, je serai ravie d'échanger !)

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 12:00

Parfois, j'ai envie de partager une phrase, un article, une vidéo... Même si je n'ai pas l'envie, le temps, ou les compétences pour commenter cette citation et en faire un article construit. Alors voilà une nouvelle catégorie : "j'ai trouvé ça intéressant". 

 

Et pour commencer, un extrait d'article sur l'échec scolaire, et plus particulièrement un passage consacré aux mathématiques par Stella Baruk, mathématicienne et pédagogue : 

 

"Il faut questionner les enfants, pour comprendre non ce qu'ils n'ont pas compris, mais ce qu'ils ont compris à la place de ce qu'on voulait qu'ils comprennent. Par exemple, cet enfant qui en face de "soixante-trois" écrit ici en mots, l'avait traduit en chiffres par 57. Soupçon de non-compréhension de la numération ; mais soupçon injuste parce qu'en y regardant de plus près on s'est aperçu qu'il avait "lu" le trait d'union de l'écriture en mots comme si c'était le signe mathématique moins. Evidemment, dans ce cas, une mauvaise note serait catastrophique. Alors qu'il était loin d'être "nul en math", voilà un enfant qui risquerait très vite de s'en persuader. Faute d'écoute". 

 

"je peux vous dire que le un et le zéro posent toutes sortes de problèmes parce qu'ils sont extrêmement difficiles. On dit aux enfants "barrez les zéros inutiles", mais ça veut dire quoi, les "zéros inutiles"? On leur dit aussi que trente, c'est 30, et que sept, c'est 7. Et trente-sept ? Ils écrivent 307. Et pourquoi non ? Le zéro, là, serait inutile ? La langue mathématique, et c'est cela qu'il faut leur expliquer, est une langue spécifique qui se distingue de la langue commune. C'est fondateur. (...) Qu'est-ce qu'un nombre premier ? Ce n'est pas le premier de la liste. Et le "sommet" d'un triangle ? Il n'est pas forcément "au sommet". Cette question de la langue est la clé de la lutte contre l'échec scolaire, car de nombreux enfants, et comment les en blâmer, refusent d'apprendre ce qu'ils ne comprennent pas. Voilà pourquoi j'ai écrit deux dictionnaires de mathématiques". 

 

Extrait d'un article de télérama n°3274, intitulé "l'échec scolaire n'est pas une fatalité", entretien croisé avec Martine Menès et Stella Baruk, propos recueillis par Michel Abescat. (le reste de l'article est également très intéressant, insistant sur l'écoute des élèves, l'intérêt des erreurs et l'idée que "le pédagogue est celui qui accompagne vers le savoir, bien plus que celui qui l'inculque). 

 

Sans être "en difficultés", je n'ai jamais été matheuse. Je pense que l'idée de langue spécifique aurait aidé la littéraire que j'étais à m'y intérresser d'avantage !

Je trouve aussi très intéressante l'idée de voir ce qu'ils ont compris "à la place" et de tirer des enseignements de ses erreurs. 

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  • : Le blog de Lila
  • : Bibliothécaire, maman du magicien (né en 2012) et de la puce (née en 2015), je parle de mes coups de coeur en littérature jeunesse, de ma vie, de mes ballades... J'ai un autre blog, http://filledalbum.wordpress.com où je réunis des ressources pour une littérature jeunesse antisexiste.
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