Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 16:58

Cet article est également publié sur le blog des vendredis intellos.

 

J'avais prévu de commenter pour les vendredis intellos un article partagé par Mme Déjantée : Genre et pratiques scolaires : comment éduquer à l'égalité ? et commencé à faire quelques recherches.

Vous savez probablement que je m'intéresse au rôle des stéréotypes dans l'éducation, et surtout à la manière de lutter contre afin que les enfants puissent se construire comme ils le souhaitent et non comme ils devraient le faire selon qu'ils sont garçon ou filles. J'ai ainsi déjà parlé, sur mon blog comme sur le blog des vendredis intellos, du rôle que jouaient les jouets (les jouets comme moyen d'injonction à un genre, moyen de construire une certaine image de la virilité et de la féminité, moyen de maintenir la norme hétérosexuelle, et quelques outils pour lutter contre tout ça)   ou les livres pour enfants (l'histoire d'une petite fille qui en a marre du rose, des papas et des mamans qui sortent des stéréotypes ou un livre jeu présentant des hommes et des femmes en train d'accomplir toutes les tâches de la vie quotidienne). L'école me semble également un domaine à étudier et à faire évoluer de ce point de vue là.

Mais j'ai été devancée par une jeune idiote (non, je ne la traite pas d'idiote, c'est elle qui se désigne ainsi, sur son très bon blog élucubrations d'une jeune idiote) qui a proposé hier un très bon article.

J'avais quand même envie de proposer quelque chose qui, je l'espère, sera complémentaire, en me concentrant plus précisément sur l'orientation.

L'école lutte peu contre les stéréotypes qui étiquètent fortement les disciplines et les filières, ou les métiers sur le marché du travail : les mathématiques et la physique, c'est pour les garçons, comme les techniques industrielles, les lettres et le tertiaire, c'est pour les filles. Ainsi à l'école, on apprend à investir les disciplines conformes à son sexe.

 

J'avoue rentrer parfaitement dans ce moule : bac littéraire, études de lettres, alors que par exemple mes deux frères ont fait un bac S et des études scientifiques. Ce qui, même si ça correspond à nos goûts respectifs et que nos parents nous ont encouragé à ne pas tenir compte des stéréotypes de genre, ne me semble pas être une totale coïncidence.

Mon mari, lui, a fait l'expérience d'être un des trois garçons dans une promo de 150 étudiantes (il est infirmier).

 

Bref, passons cette aparté personnelle pour revenir sur une analyse plus globale.

Le texte cité renvoie à une convention interministérielle pour l'égalité filles/garçons à l'école signée en 2006. Une nouvelle convention a été mise en place pour la période 2013-2018 qui insiste davantage sur l'orientation.

 

Voici les actions proposées :

Veiller à exclure tout stéréotype sexiste dans l’information
délivrée sur les métiers et les filières de formation (intégrer la thématique de l’égalité entre les sexes dans les documents d’aide à l’orientation, notamment ceux produits par l’ONISEP(...), développer, en lien
avec l’ONISEP, le site consacré à l’égalité filles/garçons en matière d’orientation et d’insertion professionnelle, accompagner les services de communication pour supprimer l’utilisation de stéréotypes de sexe dans les documents et opérations de communication, appliquer, au regard des circulaires en vigueur, l’usage de la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades et titres et utiliser le langage épicène, intégrer l’inscription et la prise en compte de l’égalité entre les sexes dans toutes les conventions de coopération conclues avec les branches professionnelles).

Promouvoir la mixité dans les parcours de formation et les secteurs professionnels :
Participer aux expérimentations mises en œuvre dans le cadre de la conférence sociale pour la croissance et pour l’emploi.
Mettre en place un comité de coordination entre le ministère des droits
des femmes, et les ministères certificateurs pour promouvoir les formations qui sont les moins attractives pour les jeunes filles, mais aussi pour
les jeunes hommes. Ces propositions serviront notamment de base aux
accords-cadres de partenariat conclus entre les ministères chargés de l’éducation nationale et de l’agriculture et les branches professionnelles.
Développer des outils de communication en direction des filles et des
garçons visant à lutter contre les stéréotypes sexistes et les obstacles qu’ils
créent à la mixité dans les filières des voies générale, professionnelle et
technologique.
Favoriser les actions de communication pour les filières où un rééquilibrage entre les filles et les garçons est visé prioritairement.
Définir des objectifs de progression de la mixité dans les internats.
Développer des actions de coopération avec le monde professionnel,
concernant l’apprentissage et plus généralement l’alternance, les stages,
le tutorat, afin de renforcer et valoriser la place et le rôle des femmes et
la mixité dans les secteurs porteurs d’emploi. Le déploiement des emplois
d’avenir et des contrats de génération sera l’occasion de promouvoir cet
objectif de mixité en direction des employeurs concernés.

 

La convention prévoie également une analyse de "l'existant" avec la publication, chaque année, d'une étude intitulée "Filles et garçons sur le chemin de l'égalité, de l'école à l'enseignement supérieur".

Celle de 2013 est disponible ici.Et c'est une mine d'or. Elle étudie la mixité, filière par filière, les résultats scolaires et l'orientation selon le sexe. Voici le résumé en quelques mots :

"En premier lieu, les filles réussissent nettement mieux que les garçons à l’école. Elles connaissent moins de difficultés scolaires,elles poursuivent des études plus longues et plus de 45%d’entre elles obtiennent un diplôme d’enseignement supérieur contre 37 % seulement des garçons.
Le moment est sans doute venu de s’interroger sur les difficultés persistantes des garçons : 12 % des garçons de 17 ans connaissent des difficultés de lecture, 22 % des garçons sortent de formation initiale sans diplôme.
En second lieu, cette réussite scolaire des filles ne se traduit toutefois pas encore dans l’orientation et le choix des spécialités. En 2011, les filles ne représentent que 40 % des élèves des terminales scientifiques, un mince progrès : elles étaient 38 % en 2005. Quand ils se jugent très bons en
mathématiques, 8 garçons sur 10 s’inscrivent en série S. Dans la même situation, seules 6 filles sur 10 effectuent la même démarche."

Je me concentrerai aujourd'hui uniquement sur la partie concernant l'orientation.

Il est évident qu'il faut continuer à encourager les filles à s'orienter vers des filières scientifiques si elles le souhaitent, en luttant contre l'idée que ce sont des domaines masculins et en luttant contre l'auto-censure, plus présentes, pour des questions d'éducation différenciée, chez les filles que chez les garçons.

Il faut donc encourager toutes les initiatives qui vont dans ce sens, qu'elles viennent directement de l'éducation nationale, ou du reste de la société. Par exemple, IMS, le "réseau des entreprises engagées dans la société", propose "déployons nos elles"

une expérimentation sociale pour gommer les stéréotypes des jeunes filles sur les métiers dits "traditionnellement masculins".
Des salariées d'entreprises membres du réseau IMS vont à la rencontre de collégiennes et collégiens, pour leur parler de leurs parcours et de leur métier d' "homme". L'IMS accompagne les salariés et les enseignants, notamment par la mise à disposition de mallettes pédagogiques et de formation aux stéréotypes de genre.

(une trentaine d'entreprises et une quarantaine de collèges sont concernés, et il y a des expériences similaires dans les lycées).

 

Cependant, il y a quelque chose qui me gêne profondément dans l'extrait de "Filles et garçons sur le chemin de l'égalité, de l'école à l'enseignement supérieur" que j'ai cité : le fait que la réussite soit associé par principe à la filière scientifique au détriment des autres.

Je suis bien évidemment favorable, comme je l'ai dit, à encourager les filles à aller dans les filières scientifiques. Mais au même titre qu'encourager les garçons à aller dans les filières littéraires ou médico-sociales. Afin de favoriser la mixité dans toutes les branches et que chacun puisse choisir ce qui lui plait et pas ce qu'il devrait faire, selon son sexe, et pas pour continuer à contribuer à la "glorification" de la filière scientifique au détriment des autres.

En effet, il n'y a que 27% de filles en école d'ingé et que 45% en filière scientifique au lycée, mais il y a encore moins de garçons dans les filières considérées comme féminines (12% en école paramédicales et sociales et 31% en filière littéraire au lycée).
Et si on ne cherche pas également à diversifier également les choix des garçons (ce qui est un des objectifs de la convention mais qui a été oublié dans les conclusion de ce rapport), je pense qu'on continuera, au lycée, à faire de la filière scientifique la filière d'excellence et de faire des filières L et ES des classes "poubelles" qui resteront essentiellement féminines. (et une jeune idiote souligne dans son article que la hiérarchisation existe également dans les filières professionnelles entre les filières considérées comme masculines et celles considérées comme féminines).

Je suis certaine que certains hommes pourraient s'y épanouir s'ils n'étaient pas bloqués par l'idée que ces filières ne leur sont pas destinés. Et que ça serait bénéfique à l'ensemble de la société.

Je pense, par exemple, que la présence d'hommes dans les métiers de soin à la personne est très importante, y compris pour lutter contre le sexisme dans l'éducation des enfants. J'ai récemment assisté à une réunion rassemblant divers personnes travaillant dans le domaine de la petite enfance (professionnelles de crèches, bibliothécaires, etc) : 60 personnes, et un seul homme. Comment voulez-vous qu'ensuite, les enfants ne considèrent pas que c'est aux femmes d'élever les enfants ? (et voilà, j'ai réussi à faire le sujet qui me tient à cœur en ce moment, j'en reparlerai probablement bientôt !).

 

Je pense que les pistes sont là, mais qu'il y a encore beaucoup de boulot !

Si vous connaissez des initiatives intéressantes, j'espère que vous en parlerez en commentaire. Vous pouvez également participer au Recensement des initiatives pour l’égalité filles – garçons à l’école lancé par le ministère des droits des femmes.

Voilà pour aujourd'hui, j'espère que ça ne répète pas trop ce qui est dit dans l'article d'une jeune idiote (que je vous encourage vivement à lire).

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Lila
  • : Bibliothécaire, maman du magicien (né en 2012) et de la puce (née en 2015), je parle de mes coups de coeur en littérature jeunesse, de ma vie, de mes ballades... J'ai un autre blog, http://filledalbum.wordpress.com où je réunis des ressources pour une littérature jeunesse antisexiste.
  • Contact

Recherche