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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 20:00

Dans la famille de mon père, en dehors de lui, on est enseignant depuis la IIIe République. De père en fils, mais aussi de mère en fille, puisque les femmes travaillent depuis de nombreuses générations. Les débats sur l'éducation nationale sont récurrents (et vifs !) lors des repas de famille.

D'eux, j'ai hérité d'une certaine vision de la fonction publique et de l'éducation nationale. L'idée que ce qui doit guider avant tout un fonctionnaire, c'est le sens du service public. La volonté d'accueillir tout le monde, quelles que soit ses convictions, ses opinions, sa situation personnelle, et de lui proposer un service de qualité. L'idée que l'école doit (ou en tout cas devrait) jouer un rôle fondamental dans l'intégration et dans la possibilité d'ascension sociale. Cela peut sembler un peu facile ou idéaliste. Pourtant, ça a façonné ma façon de concevoir mon métier. Et quand on me demande, aujourd'hui, quelles sont les raisons qui m'ont conduit au poste que j'occupe actuellement, les deux principales à mes yeux sont la volonté de participer au service public et surtout la volonté de mettre la culture au service de tous, y compris ceux qui en sont le plus éloignés.

Et quand j'entends parler, souvent à propos des profs (oui, j'ai beau ne pas être dans l'éducation nationale, je m'identifie beaucoup aux profs, car je considère que nos rôles sont très complémentaires) qu'ils sont des privilégiés ou que leur choix de carrière s'explique par la sécurité de l'emploi ou par les vacances prolongées (deux avantages dont je dispose également), cela m'énerve profondément. Parce que j'estime que c'est faux dans l'immense majorité des cas, et qu'une certaine "vocation" et qu'un "sens de leur mission" reste indispensable et très présent dans le choix de cette carrière. Pire encore lorsqu'ils sont présentés comme des fainéants qui travaillent 15 heures par semaine (la variante pour une bibliothécaire, c'est la fille qui passe son temps à lire ou à dormir, et qui d'ailleurs ne travaille que lorsqu'elle est en service public). Parce que je connais l'investissement nécessaire si l'on veut faire correctement son travail, proposer des projets nouveaux, etc.

 

Du côté maternel, "l'héritage professionnel" est sans doute encore plus présent. Moins lié à des grands principes mais plus à ma vie quotidienne et à ma pratique professionnelle quotidienne. Ma grand-mère a été institutrice, ma mère l'est aussi. Ma grand-mère s'est très vite intéressée aux livres pour enfants, à leur intérêt pédagogique (à une époque où on voyait rarement autre chose que des manuels dans une salle de classe). Elle a participé à mettre en place la bibliothèque de l'école où elle travaillait. Elle s'est énormément investie auprès des élèves en difficulté, au point de passer une bonne partie de sa carrière dans un centre pour enfants en difficulté scolaire (ancêtre des RASED) où elle utilisait le livre (et le jeu de société) au quotidien, comme support pédagogique, mais aussi comme moyen de créer un intérêt pour la lecture chez des enfants qui souvent, n'en avaient pas. Elle nous a abreuvé de livres toute notre enfance. En particulier les contes du père Castor, qu'elle a racontés à ma mère, qu'elle m'a racontés, qu'elle raconte actuellement à mes cousines. Quand j'allais chez elle, je dormais dans sa bibliothèque, au pied des étagères de livres. Souvent, à la bibliothèque, je retrouve des histoires qu'elle nous racontait. Et je les lis avec plaisir aux enfants. Quand elle est venue me voir à Paris, l'important pour elle ce n'était pas de visiter mon appartement, c'était de visiter "ma" bibliothèque. Qui est (par hasard?) située à deux rues de l'école où elle a travaillé pendant 20 ans. Quand je l'ai présentée à mon responsable, elle lui a raconté sa vie, lui a dit à quel point elle était heureuse que je travaille "avec les mêmes enfants qu'elle avait aidé" et à conclut en disant "je peux mourir tranquille, la relève est assurée". J'ai été très génée sur le coup, mais j'en suis plutôt fière maintenant.

Ma mère est également institutrice. J'ai passé une bonne partie de mon temps libre, à l'adolescence, dans sa classe. J'aimais cette ambiance, je prenais des petits groupes pour faire du soutien scolaire ou des activités manuelles, je lisais des histoires... Etudiante, je travaillais tous les jours dans son école: études, cantines, lieu de vie du matin, j'ai tout fait ! J'aimais bien ces temps hors de l'apprentissage scolaire proprement dit. Souvent, je m'installais dans la bibliothèque de l'école pour des temps de lecture. Depuis que je suis bibliothécaire, il y a une complicité supplémentaire, d'échange professionnel, entre ma mère et moi. Je lui apporte des nouveautés qu'elle teste avec sa classe. Elle me fait aussi découvrir certains albums ou m'aide sur les niveaux de lecture. Elle me donne des idées d'activités pour les "ateliers créatifs" mis en place à la bibliothèque : le modèle des pères noels en Origami et les paroles de chansons "laïques" de Noël pendant les vacances de Noël, les collages autour de l'album "grand monstre vert" pour les vacances de février... Je suis en admiration devant les idées qu'elle a et devant le fait qu'elle n'a peur de rien : elle peut faire construire les maisons des 3 petits cochons presque grandeur nature par exemple, ou emmener une classe de petite section de maternelle au musée d'art contemporain pour voir une expo Keith Haring. Et à chaque fois, ce sont des expériences géniales pour les gosses.

 

J'aime bien les échanges et la complicité que cela crée avec ma famille. Et j'aime, ces temps-ci, penser à cette notion de transmission au sein de la famille. Je suis fière de me placer dans cette "lignée". Fière du regard de ma mère et de ma grand-mère quand je parle de mon métier. J'espère conserver cette part d'idéalisme et de passion pour mon travail. Parce que ce n'est, à mes yeux, que comme cela que je pourrai transmettre aux autres.

Puisque finalement, transmettre, c'est au coeur même de mon métier. Réussir à allumer une étincelle dans les yeux d'un enfant. Trouver l'histoire qui va éveiller leur plaisir, attirer leur attention. Voilà ce qui me plait.

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Published by Lila
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Mia 13/02/2012 18:54

J'aime beaucoup ton billet. Et j'aime beaucoup le mot transmettre. Dans mon métier, pas vraiment de transmission dans le sens où tu l'utilises, mais j'aime transmettre. Si le métier de prof /
formateur / instit m'attirait, c'est exactement pour ce mot. J'ai été animatrice et je "transmettais"... je trouvais le moteur des gens pour les faire bouger, apprendre, se lancer...
Je le trouve d'une grande justesse.
Belle continuation pro mais aussi perso puisque ta nouvelle rubrique promet de belles transmissions...

Apostille 03/02/2012 16:00

Bonjour Lila... Je n'exerce pas du tout dans le même monde, et je n'ai même pas d'enfant, comme tu le sais, ce qui fait qu'il m'est difficile de te dire à quel point je suis heureuse que des gens
comme toi soient là. Ceci dit, élève un peu précoce et très indisciplinée, je ne sais pas bien comment j'aurai mené mes études sans les dames du CDI, qui m'ont aidée à ne pas décrocher et permis de
découvrir ce qu'on n'append pas forcément à l'école.
Je trouve ta conclusion très belle ... :)

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  • : Bibliothécaire, maman du magicien (né en 2012) et de la puce (née en 2015), je parle de mes coups de coeur en littérature jeunesse, de ma vie, de mes ballades... J'ai un autre blog, http://filledalbum.wordpress.com où je réunis des ressources pour une littérature jeunesse antisexiste.
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