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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 12:00

« Une maman se doit d’être parfaite. Et éprouver lassitude, épuisement, colère, indifférence, lui donne vite le sentiment d’être une mère indigne. C’est encore plus vrai pour celles qui ne travaillent pas, culpabilisées déjà par leur statut de mère au foyer, et supposées s’occuper de leurs chers petits dans une continuelle félicité. »

Françoise Lelord

 

 

J'ai déjà crié sur mon fils.

J'ai déjà fait semblant de ne pas entendre qu'il était réveillé pour avoir 5 minutes de plus juste pour moi.

Je me suis déjà franchement ennuyée en reconstruisant sa pyramide de cube pour la 25e fois.

Je lui ai déjà arraché un truc des mains parce que j'en avais marre de lui répéter qu'il n'avait pas le droit d'y toucher. 

J'ai déjà été soulagée le mercredi soir en me disant que le lendemain, je reprenais le boulot.

Je lui ai déjà dit qu'il me faisait chier.

J'ai déjà claqué la porte de sa chambre en lui disant que je ne voulais plus le voir.

J'ai déjà eu envie de lui mettre une fessée, une tape sur la main. J'ai même déjà eu des bouffées de violence qui m'ont fait peur.

J'ai déjà eu envie, pendant une seconde ou une heure, de retrouver ma vie d'avant, de pouvoir aller au ciné ou de sortir sans réfléchir ni organiser.

J'ai déjà fini la journée en larmes parce que j'en avais marre de m'occuper de lui. Tellement marre que je n'arrivais plus à voir à quel point il est extraordinaire.

J'ai déjà eu l'impression de sacrifier ma liberté, voire ma vie, pour lui.

J'ai déjà eu l'impression que maintenant qu'il était là, j'étais coincée.

J'ai déjà eu envie de le jeter par la fenêtre, de le secouer.

Et à chaque fois, je m'en suis voulue.

 

Il y a quelques temps, je discutais avec une connaissance et je lui disais que j'avais été profondément heureuse de reprendre le boulot après mon congé mat' parce que j'en avais marre de passer toutes mes journées à ne faire que m'occuper du magicien. Et elle m'a regardé en me disant "c'est rare qu'on le dise". Et finalement, même si j'essaye d'être franche concernant mon rapport à la maternité, j'ai tendance comme beaucoup de personnes à répondre "oui très bien" quand on me demande "ça va ?". J'ai tendance à peindre la maternité en rose. A ne pas parler de tout cela. Même sur ce blog, je parle beaucoup plus souvent des petits bonheurs avec mon fils que des difficultés, de ce qui grince, de ce qui fait mal.

Pourquoi ?

Parce que ça ne se dit pas. Parce qu'être mère "c'est que du bonheur" et qu'il faut au moins présenter cette façade. Parce que quand on n'est pas dans cette situation au quotidien, le jugement est facile, et que je ne suis pas prête à l'affronter.

Parce que je préfère parler de ce qui est beau, de ce qui va bien.

Parce que je culpabilise profondément de tout ça. Que pour certaines pensées, certains actes, je m'en veux et j'en souffre encore plusieurs semaines plus tard. Et que les mettre en mots est difficile. Comme cette fois où j'ai crié sur ce bébé d'un mois 1/2 dans son transat. Que je l'ai fait pleurer. Et que j'ai pleuré aussi, de tristesse et d'impuissance. Ce sont des choses beaucoup plus difficiles à dire que les choses joyeuses.

Parce que je suis privilégiée sur bien des points (père impliqué, bébé très cool) et donc que je m'interdis de me plaindre. 

 

J'envie Paul. Qui passe par ces phases là, ou en tout cas certaines d'entre elles, mais qui a conscience que ça arrive à tout le monde de craquer, que ça fait finalement partie de la vie de parent, et que ça ne vaut pas le coup de s'en vouloir pendant des semaines. Que ça ne remet pas en cause ce qu'on donne à notre fils chaque jour. Même si je sais qu'il a raison, je n'en suis pas capable.

 

Je n'aime pas la différence que l'on fait souvent entre parents violents et parents non violents. Surtout quand c'est d'un point de vue extérieur. Je me souviens d'une mère et de sa fille de 3-4 ans à la bibliothèque. Après une fessée, la fille était punie sur une chaise, en larmes, et la mère lui refusait le bisou qu'elle demandait. Oui, j'ai trouvé cette scène violente, mais en même temps je n'étais pas dans la tête de la mère et je ne sais pas ce qui faisait qu'elle en était arrivée là. C'est souvent difficile de ne pas juger.

Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais eu véritablement de difficulté à ne pas mettre de fessée à mon fils. Mais je me garderais bien de dire que jamais je ne lui mettrai une fessée ou une tape sur la main. Parce que je sais que ça m'arrivera à nouveau de me sentir démunie et que peut être, malheureusement, que je ne verrai pas d'autre solution pour sortir d'une situation de crise. Est-ce que ce sera plus grave, plus violent que des cris ?

Je me dis aussi que j'élève mon fils dans des conditions proches de l'idéal. Nous avons choisi de l'avoir (même s'il n'était pas prévu), j'ai trouvé un équilibre entre m'occuper de lui et poursuivre mon travail que j'adore, son père s'occupe de lui autant que moi. Et puis, surtout, le magicien est un bébé facile, souriant, bon dormeur, bon mangeur, en bonne santé... Qu'en serait-il si le magicien était un bébé plus difficile ? Si j'étais seule pour m'occuper de lui ? Si je n'avais pas croisé, pendant ma grossesse et depuis, des gens (dans la "vraie vie" comme sur internet) qui m'ont permis de réfléchir à quelle mère je voulais être ? Comment jeter la pierre à des parents qui craquent, quelque soit la gravité des actes qu'ils commettent ? J'ai à ce sujet beaucoup aimé l'article de Sandrine S Comm C sur les vendredis intellos une mère digne de ce nom ne ferait jamais ça

D'ailleurs, le blog des vendredis intellos, aborde régulièrement la question de la violence éducative, en donnant des pistes pour gérer autrement mais aussi en reconnaissant qu'on est humain, que c'est bien joli sur le papier mais que parfois on craque et qu'on n'y arrive pas. C'est pour ça que je préfère de loin ce type de blog aux livres d'éducations (le seul que j'ai lu étant Au coeur des émotions de l'enfant de Filliozat, et autant j'y ai trouvé des pistes intéressantes, autant j'ai vraiment vécu l'introduction comme "si vous ne suivez pas ma méthode, votre enfant finira malheureux/drogué/délinquant"). 

 

Je sais que cet article est fourre-tout, part dans tous les sens. Mais c'est justement parce que dans ma tête tout cela est bien embrouillé et que je ne sais pas toujours par quel bout prendre les choses. Il me paraissait cependant important de les dire. 

Au quotidien, je dois apprendre à être aussi tolérante avec moi même, aussi prête à me pardonner une erreur que je suis prête à pardonner aux autres. Je regarde mon fils et je me dis que malgré mes erreurs, il va bien. Il a même l'air d'être vraiment heureux. C'est que je dois m'en sortir pas trop mal. 

 

PS : pour des gentilles lectrices qui s'inquiéteraient du ton sombre de ce billet : je vais bien en ce moment. Vraiment. C'est justement parce que je vais bien que je suis capable d'écrire tout ça et d'assumer que parfois, je vais mal et que parfois, c'est dur.

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commentaires

Anna 25/10/2016 02:51

J'ai écris ''difficile d'être mère'' sur google et je suis tombée sur ton article. J'ai déjà ressenti tout ce que tu as ressenti et j'ai déjà fais tout ce que tu as décris.. cela m'arrive encore à chaque jour, ou presque. J'espère toujours ne plus jamais ressentir cela ou ne plus jamais lui crier dessus ou ne plus jamais lui donner une tape mais je recommence toujours. Je suis loin de l'archétype de la maman. Et pourtant je l'aime de tout mon être, je suis reconnaissante d'être sa mère et qu'il soit mon fils, il est merveilleux, et il y a des jours ou tout coule bien, ou je suis capable d'énormément de douceur et de patience, mais des fois.. je me sens comme un monstre indigne de lui. J'ai peur qu'inconsciemment il emmagasine tous les moments ou je perd le cap et qu'il ait peur de moi ou ne me fasse pas confiance plus tard.

Moi aussi j'ai énormément de soutient et d'aide de mon conjoint, je ne sais pas comment j'aurai fait sans lui jusqu'à maintenant (mon fils a 1 an et demi). Je ne sais pas comment font les mères (ou pères) monoparentaux.

J'ai beaucoup moins tendance qu'avant à juger les autres, surtout les parents.. on ne sait jamais ce que les gens vivent. Je crois que la majorité des parents aiment leurs enfants mais sont dépassés par ce rôle, qui disons le, équivaut un don de soi inimaginable tant qu'on ne l'a pas vécu.. toujours, tout le temps.

J'essaie de ne pas oublier que tout cela ne dure qu'un temps très court dans une vie... c'est certain que jour pour jour, c'est exigeant, c'est tout aussi exigeant que c'est merveilleux à la fois. Je sais qu'un jour il sera adolescent et s'éloignera de moi, et qu'est-ce que je ne donnerai pas alors, pour entendre encore une fois ses petits pas de bébé trottiner dans le couloir, de sentir ses petites mains douces qui s'accrochent après moi, d'entendre sa voix d'enfant qui m'appelle encore et encore ''mama..mama ..mama"

Lucie 25/07/2016 10:35

Cet article date un peu. Je ne post jamais de commantaire mais la merci. Souvent je me demande si je suis la seule a pleurer ou a faire des choses improbable pour calmer mon bebe. Les critiques de lentourage je n en peux plus. Oui je ne la laisse jamais garder par qq un dautre que la creche ou son pere. Sentiment de mal faire et sentiment qu on me culpabilise. Alors oui aujourd'hui je plzure et vous dit merci

lalila 22/04/2016 17:03

Merci, merci merci pour cet article. Pour ma part je n'hésite pas à verbaliser que je ne suis pas épanouie en tant que mère même si j'aime mon enfant, pour toutes les raisons que vous avez évoquées. Parce que moi je n'étais pas pour avoir un enfant. Je l'ai fait parce que la trentaine approchée, la pression sociale, familiale, le conjoint... et parce que soit disant j'allais passer à côté de THE BONNHEUR... tous les jours je me demande pourquoi les gens font des enfants puisqu'au final ils y sacrifient leurs désirs, besoins personnels, de couples et envies. J'aime mon fils, je tuerai pour lui, je ne voudrais surtout pas qu'il lui arrive quoi que ce soit, mais je regrette aussi la liberté que je n'ai plus. Et je vous le dis, les gens sont hypocrites, car ces mères soit disant hyper épanouies lachent parfois prise et avouent leur ras le bol même si elles se rattrapent vite par une pirouette du style.. "mais c'est rien il est tellement mignon, parfait..." oui oui... ou bien le fameux "ah mais c'est ça avoir un enfant, tu croyais quoi ???" ben je vous ai crues toutes quand vous me disiez que ce n'était que du bonheur et que je n'étais qu'une sale égoïste... très bien maintenant je ne suis qu'une sale égoïste qui regrette encore plus sa vie d'avant mais qui a un enfant et qui culpabilise de vivre ainsi sa maternité. Moi aussi je me suis dit bien des fois "qu'est ce que j'ai fait..." . cela n'empêche pas d'aimer par dessus tout son enfant mais disons qu'il est alors plus difficile de supporter les contraintes. Quand on a le sentiment qu'on passe 80% de son temps de répéter les mêmes choses et de s'égosiller parce que son enfant n'écoute rien il est où le bonheur ? Ah oui dans les 20% restants : maman je t'aime très fort, les câlins, bisous, les progrès... mais parfois ça ne suffit plus... surtout quand on a fait une grosse DPP de deux ans après la naissance de son enfant. Mes collègues me reprochent souvent de dire la vérité (parce qu'elles avouent que c'est la vérité) aux femmes qui n'ont pas d'enfant et qui aimeraient ou pas encore mais plus tard en avoir un) "surtout ne demande pas à xxx ce qu'elle en pense sinon elle va t'en dégouter" ce à quoi je réponds " je ne ferais pas partie de ces connasses qui affirment que ce n'est que du bonheur pour ensuite vous rejoindre sur le fait que ce n'est pas facile le jour où tu en as un". Voilà donc merci pour votre article. ça fait du bien. Y en a marre de cette dictature du "faut surtout pas dire que ça va pas..." "faut encourager même si on sait que c'est dur, les autres femmes à avoir un enfant"....

nine 22/02/2017 13:01

Merci ....je me sent moins seule....moi aussi je ne suis pas une pub pour faire des enfants....moi non plus je n y arrive pas et pense sans cesse a avant....

Amelinou 31/07/2016 19:23

Merci pour ce témoignage, je suis maman depuis seulement un mois mais je n'arrive pas à m'épanouir ds ce role! Je me sens soutenue par nombre de mes proches mais qd je les écoute elles n'ont jms l'air d'avoir vécu ce sentiment de ne pas aimer etre mere... Du coup ca me fait du bien de lire que je ne suis pas la seule a ressentir ca alors que pour autant j'aime ma fille

Jenny 15/05/2016 16:26

Je me reconnais dans votre témoignage, tellement vrai , j'ai versé quelques larmes à la lecture de l'article mais je me suis littéralement vidé en lisant votre expérience. Bonne continuation à vous .

Christine 28/12/2015 14:09

Bonjour,
J'avoue que tout se complique quand on a un enfant. Ce n'est pas facile de devenir une maman qui assure mais je fais de mon mieux. Pour me faciliter la tâche, je suis devenue une mère au foyer auto-entrepreneur. Comme ça, je peux arrondir la fin du mois et payer des caprices pour mes enfants. Je suis parvenue grâce aux conseils de Clarisse≈ Gagnersonargent.fr. En tout cas, merci pour le partage très positif et bon courage à tous!

Perrine 17/10/2015 19:58

Et oui c est dur d etre maman...c'est en tapant cette phrase que je suis tombee sur votre blog. Je voulais un enfant mais je ne me rendais pas compte a quel point etre maman serait difficile. J aime mon fils, il a 3 ans et je veux tout faire pour qu il soit heureux mais je n arrête pas de faire des erreurs, et souvent dû a ma fatigue et le fait qu il y a des jours je voudrais etre tranquille! Je suis aussi seule, separee du papa donc pas facile de tout gerer! C'est dommage que ca soit un tabou cela aiderait bcp de mamans de pouvoir parler mais cela touche tellzmnt a la culpabilité de se dire j aime mon enfant je ne peux pas m en plaindre!

Lila 20/10/2015 22:39

Je pense qu'il est très difficile d'imaginer avant ce que ça représente vraiment d'avoir un enfant. Je trouve déjà ça difficile en partageant la responsabilité et le quotidien avec mon amoureux, alors je voue une très grande admiration aux mamans solo qui se débrouillent toutes seules et ne peuvent pas vraiment passer le relai.
C'est important de se dire que toutes les mères passent par ces phases là, et que c'est normal de les vivre. Je te conseille de lire aussi cet article et ses commentaires, on se sent moins seule : https://lafamilledejantee.wordpress.com/2015/04/09/nous-sommes-des-menteuses-de-meres-en-filles/

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  • : Le blog de Lila
  • : Bibliothécaire, maman du magicien (né en 2012) et de la puce (née en 2015), je parle de mes coups de coeur en littérature jeunesse, de ma vie, de mes ballades... J'ai un autre blog, http://filledalbum.wordpress.com où je réunis des ressources pour une littérature jeunesse antisexiste.
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